Année 2017-2018

Lycée numérique 4.0 : songes et mensonges (Strasbourg)

Dans un courrier daté du 18 décembre et destiné aux fédérations de parents d’élèves, M. Jean Rottner, président de la région Grand Est, se félicitait qu’en dépit de quelques « imprévus et difficultés de mise en oeuvre », le projet « lycée numérique » rencontrait un franc succès, avec « des élèves et des professeurs enthousiastes » ainsi qu’une foule de proviseurs du Grand Est.

Une nouvelle fois, la réalité dément ce tableau idyllique. Dans de nombreux établissements, les collègues concernés, en association avec les parents d’élèves, font part de leurs critiques, et présentent des motions dénonçant les graves dysfonctionnements du dispositif, que nous avons souvent évoqués sur notre site et dans notre bulletin. Plusieurs lycées refusent d’y entrer.

Alors M. Rottner met en cause les enseignants : « Côté enseignant, -écrit-il- le manuel numérique sous-entend une remise en question des méthodes qui (sic), jusque-là, ils appliquaient, ce qui, d’après les Proviseurs, a pu perturber certain (resic) d’entre eux tout en reconnaissant que le manuel numérique procurait un confort et une souplesse certaine sur le plan pédagogique. Les classes sont également plus calmes et chaque élève peut progresser à son rythme... » Ne voilà-t-il pas une bien belle fiction ? Il y a bien longtemps que l’informatique sert d’outil dans les collèges et lycées (quand l’équipement le permet), mais il n’est pas, heureusement, l’alpha et l’oméga de toute pédagogie. De toutes façons, la liberté pédagogique des professeurs leur laisse le choix des supports pédagogiques.

Lors de toutes les réunions d’instances, nous interpellons Mme la rectrice sur ce sujet. A l’occasion du dernier Comité Académique de l’Education Nationale, nous avons rappelé que le Rectorat avait affirmé qu’un bilan serait fait, et que s’il n’était pas satisfaisant, l’expérimentation pourrait s’arrêter. Selon nous, c’est le cas, il faudra donc instaurer le moratoire que nous demandons. Mme la Rectrice a aussi indiqué qu’aucun lycée en Alsace ne s’engagerait dans le dispositif sans un vote du Conseil d’Administration, et que des comités de pilotage en établissement, et au niveau académique, incluant les syndicats et parents d’élèves, seront mis en place. On ne voit rien venir... Un syndicat au départ favorable au « lycée 4.0 » commence à exprimer de sérieux doutes. Eh oui, les faits sont têtus. A ce propos la lecture de la motion des enseignants du lycée Diderot (Haute-Marne) est éclairante (https://strasbourg.snes.edu/Argumentaire-Lycee-numerique.html).

Une fois encore, la communauté éducative doit subir les dégâts d’un dispositif imposé par la région avec l’accord des rectorats. Nous continuerons à dénoncer cet état de fait, en lien avec les collègues sur le terrain, à exiger un bilan sincère, ainsi qu’un moratoire.

Jean-Louis HAM

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