US Magazine 798 du 13 juin 2020

Lycée professionnel : du temps et des moyens

Sigrid Gérardin est cosecrétaire générale du SNUEP-FSU. Elle répond à nos questions sur les conséquences de la crise sanitaire sur les élèves de lycée professionnel.

L’US Mag : Quels sont les effets du confinement sur les élèves de lycées professionnels ?

Sigrid Gérardin : Un décrochage massif et alarmant dû à un manque de matériel dans les familles, des problèmes de connexion, et surtout, d’encadrement par des adultes pour motiver les élèves au quotidien. Ces jeunes, déjà éloignés de l’École, ont besoin d’une remotivation régulière. Nous avons perdu le contact scolaire avec près de 50 % d’élèves. Les matières professionnelles n’ont pas pu être enseignées. Malgré l’énergie déployée par les professeurs pour maintenir le lien scolaire, les gestes professionnels ne pourront jamais être remplacés par des fiches métier ou des vidéos.
Depuis le déconfinement, seuls quelques élèves sont revenus. On a, en fin d’année, entre 20 et 30 % d’élèves dans les classes.
Certains jeunes ne sont pas revenus pour confirmer leur affectation pour l’an prochain. Ils vont se retrouver sans solution de formation, ni d’emploi. L’an dernier, près de 150 000 jeunes sortaient du système scolaire sans qualification. On craint que ces chiffres n’augmentent. Le ministre annonce un plan de lutte contre le décrochage. En réalité, il écrit une lettre aux recteurs et réclame un plan par académie à concevoir en 48 heures sans moyens supplémentaires.

L’US Mag : Comment venir à bout de ces difficultés accrues par la crise ?

S. G. : L’an prochain, il faudra mobiliser des équipes pluridisciplinaires pour « récupérer » les décrocheurs. La crise économique qui s’annonce va avoir de graves conséquences sur les stagiaires et apprentis qui vont grossir les rangs des jeunes sans formation et sans solution d’emploi. Rien n’est prévu aujour­d’hui dans les structures publiques pour accueillir ces jeunes. Les LP et les filières technologiques, seuls, peuvent assurer une formation globale permettant d’accéder à un premier niveau de qualification, à un diplôme, garant de la lutte contre le chômage.
Avec la FSU, nous demandons un plan pour la jeunesse et un plan d’investissement dans les lycées pros. Il faut aussi alléger ou modifier certains dispositifs de la réforme de la voie pro. Les dispositifs pédagogiques mis en place (co-intervention, chef-d’œuvre, familles de métiers), rejetés par la profession, ont démontré leur inutilité pendant la crise sanitaire. Il faut redonner ces heures aux disciplines générales, redonner le temps aux enseignants et aux élèves.

Propos recueillis par Hamda El Khiari

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