Année 2018-2019

Lycées : la casse continue (Reims)

Tradition solidement établie, les textes majeurs régissant le fonctionnement de l’Éducation Nationale sortent pendant les congés d’été, à une époque où les principaux concernés sont les moins susceptibles de réagir. Autre principe régissant ces réformes, elles doivent sortir impérative-ment au dernier moment, afin de les mener dans la précipitation et la confusion.

Les textes instituant la réforme des lycées sont donc sortis le 17 juillet.

Une seule exception à cette règle : les programmes, qui doivent impérativement sortir trop tard afin de limiter la concertation et d’empêcher les enseignants de les anticiper dans de bonnes conditions et les éditeurs de préparer des manuels adaptés. Les nouveaux programmes de lycée sont donc censés sortir début novembre et donner lieu royalement à un mois de concertation.

Le mélange de ces deux coutumes de notre administration conduit à une situation ubuesque, puisque les textes instituent une douzaine de « spécialités », dont on ignore les contenus, voire les disciplines amenées à intervenir sur certaines d’entre elles.

Les arrêtés prévoient ainsi que les élèves de première doivent choisir trois « spécialités » dans la liste des enseignements proposées par chaque lycée, les consignes s’arrêtant là. En théorie donc un élève pourra choisir les spécialités « sciences-physiques » ou « SVT » sans obligatoirement faire de mathématiques puisque cette discipline n’est plus dans le tronc commun du cycle terminal mais devient une spécialité.

La grille horaire proposée propose d’autres étrange-tés, puisque le « Grand Oral », nouveauté du bac, ne dispose pas d’une enveloppe horaire spécifique qui permettra aux élèves et aux enseignants de préparer l’épreuve. L’Accompagnement Personnalisé ne dispose plus quant à lui d’un volume horaire contraint, ce qui, sur le papier, permet aux lycées de ne plus en proposer. C’est contradictoire puisque les évaluations de début de seconde sont théoriquement destinées à donner des outils à cet AP, désormais facultatif. Il est également question de 54 heures pour chaque élève consacrées à l’orientation, dont on ignore aujourd’hui qui les fera, quand, et si elles seront rémunérées.

AP, mais aussi dédoublements, heures destinées à l’Euro, ou consacrées au « Grand Oral » sont à prendre dans un volant horaire de 8h par division (traduire « par groupe de 36 élèves ») en première et en terminale (12 heures en secondes). C’est la porte ouverte à une concurrence entre les lycées, puisqu’il existera des établissements consacrant un nombre d’heure conséquent à l’AP, face aux lycées choisissant de privilégier dédoublements des disciplines et préparation des épreuves de bac.

Pire, les annonces ministérielles prévoient qu’un lycée ne pourra ouvrir plus de 7 spécialités, alors qu’un lycée général « normal » peut généralement en ouvrir 8 à 10. Les spécialités fermées dans certains établissements seraient ouvertes dans d’autres jugés « moins attractifs ». Ce genre de stratégie a déjà été mis en œuvre par le passé, la plupart du temps les élèves ne se déplacent pas, mais les disciplines transplantées, elles, périclitent.

Tout cela sera tranché par les Conseils d’Administration qui se retrouvent dotés de compétences pédagogiques qu’ils ne détenaient pas auparavant. Ce n’est pas forcément une bon-ne nouvelle puisque le corps enseignant est depuis de nombreuses années très minoritaires au sein des CA.

L’ensemble de cette réforme doit se mettre en place à la « hussarde », puisque si la concertation doit se dérouler en ce début d’année, l’ensemble des choix des établissements sera ensuite arbitré par les instances rectorales quitte à remettre en cause les choix des équipes, sans doute avant même que les textes mettant en place les programmes ne soient promulgués.

Au final, c’est la Dotation Globale Horaire, c’est-à-dire le volume horaire attribué par le rectorat qui risque de sanctionner le travail des équipes, puisque le principal but de cette réforme est de supprimer un grand nombre de postes, baisse déjà anticipée par une diminution des postes aux concours l’an passé. Si la diminution des heures pourrait facilement être absorbée par une baisse proportionnelle des heures supplémentaires dont chaque établissement est large-ment doté, il est à craindre que ce soit les heures postes qui soient amputées, contraignant les établissements à envoyer des collègues en carte scolaire sur les deux ans de mise en place de la réforme. Ces « cartes » risquent de provoquer des dégâts humains puisque la totalité des lycées de l’académie risque d’envoyer des enseignants en carte scolaire au même moment...

Si les enseignants ainsi traités seront de grands perdants dans cette réforme, ils n’en seront peut-être pas les principales victimes. En ce début d’année il faut faire preuve d’imagination pour parvenir à expliquer aux élèves de seconde à quelle sauce ils seront mangés l’an prochain, a fortiori au baccalauréat dans deux ans. Donner des éléments précis aux parents est pour l’instant impossible. C’est faire bien peu de cas d’une orientation qui doit conditionner leur orientation post-bac, puisque l’orientation parcoursup des élèves dépendra largement des choix des élèves en classe de première.

François Belleil

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