Actualité théâtrale

au Théâtre des Amandiers de Nanterre

"Macbeth" Jusqu’au 13 octobre

Sur ce couple lié par la quête du pouvoir, qui s’enfonce dans le crime et sombre dans la folie, beaucoup a été écrit. Freud s’est surtout intéressé à Lady Macbeth. C’est elle qui pousse un mari plutôt timoré vers le crime, car elle le veut puissant et viril. Mais une fois lancé, on n’arrête plus Macbeth. Ses crimes s’enchaînent dans une folle course vers le pouvoir absolu, jusqu’à ce que le doute et l’inquiétude s’installent et que la folie et la défaite les entraînent vers l’abîme. Victor Hugo disait de Macbeth qu’il était plus que l’ambition, « il était la faim et une fois qu’on éveille la faim tout est possible ». Sa femme le pousse au meurtre du Roi Duncan, son hôte, puis les meurtres s’enchaînent, les enfants du Roi, son ami Banquo à qui on a prédit le trône pour ses enfants, la femme et les enfants de Banquo jusqu’à ce que la prédiction se réalise, que la forêt avance et que celui qui n’est pas sorti d’une femme le tue.

C’est sur un coup de tonnerre effrayant et des éclairs que Laurent Pelly choisit de démarrer. L’obscurité, les ombres, le brouillard règnent sur la scène et les sorcières monstrueuses, semblant tout droit sorties d’un tableau de Goya avec leurs longs chapeaux pointus, lancent leur prédiction. Dès le début s’installe une atmosphère angoissante qui conduira le spectateur vers l’effroi face aux meurtres et aux hallucinations du couple criminel. L’atmosphère que crée Laurent Pelly est très cinématographique, sombre et inquiétante comme la haute silhouette de la maison-château qui rappelle celle du meurtrier dans Psychose de Hitchcock. Le décor composé de parpaings gris, que l’on déplace entre les scènes, constitue une sorte de labyrinthe, où le couple infernal semble pris au piège de ses émotions, de l’ambition à la peur, du remord à la folie. Macbeth est bien petit face à cette soif de pouvoir trop grande pour lui, à l’image de la chaise qui lui sert de trône et qui ne cesse de grandir. Dans la très belle scène du banquet elle est même si haute et si grande qu’il peut y danser avec sa femme tandis que les hommes de guerre, vêtus de longues redingotes sombres, boivent à leur santé. Le sommet est atteint et la chute peut commencer, avec la première apparition aux yeux de Macbeth d’un spectre ensanglanté tandis que sa femme est encore capable de garder son sang-froid et de couvrir le trouble de son époux. On peut aussi souligner la beauté des éclairages crépusculaires qui contribuent à nous entraîner dans cet univers où le surnaturel le dispute à la folie. Quant à la bande son, ses stridences ajoutent au malaise. Thierry Hancisse campe un Macbeth trapu qui passe de la peur à l’enchaînement des crimes et à la folie. Marie Sophie Ferdane campe une Lady Macbeth, longue, sauvage, déterminée, qui perd pied peu à peu. Ils sont entourés d’une troupe unie qui donne beaucoup de force à cette très belle mise en scène de Macbeth.

Micheline Rousselet

Mardi, mercredi, vendredi et samedi à 20h, dimanche à 15h30, le jeudi à 19h30
Théâtre Nanterre-Amandiers
7 avenue Pablo-Picasso, 92022 Nanterre
Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 46 14 70 00
www.nanterre-amandiers.com

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « An Irish story »
    En 1949, Peter O’Farell quitte son pays l’Irlande du Sud à 19 ans pour venir chercher du travail à Londres, emmenant Margaret, sa jeune femme de 16 ans enceinte. Mais la vie à Londres est dure pour... Lire la suite (16 avril)
  • Voyage au bout de la nuit
    « Voyage au bout de la nuit » est repris du 16 avril au 1er juin du mardi au samedi à 21h Théâtre Tristan Bernard 6 rue du Rocher, 75008 Paris Réservations : 01 45 22 08... Lire la suite (12 avril)
  • « L’amour en toutes lettres »
    Dans les années 30, l’Abbé Viollet dirigeait des revues catholiques et s’occupait du courrier des lecteurs. Des hommes et des femmes lui confiaient leurs interrogations, leurs préoccupations, leurs... Lire la suite (12 avril)
  • « Deux mensonges et une vérité »
    Ne dîtes jamais à votre conjoint que vous vous connaissez par cœur, que, après vingt-sept ans de mariage, rien ne peut plus vous surprendre. C’est pourtant l’erreur que commet Philippe, et Catherine... Lire la suite (10 avril)
  • « Les chaises »
    On sort du théâtre de l’Aquarium avec l’impression d’avoir vu pour la première fois cette pièce, pourtant si souvent jouée comme il sied à un classique du XXème siècle. Parce que Ionesco est catalogué... Lire la suite (5 avril)