Actualité théâtrale

à La Cartoucherie de Vincennes

"Macbeth" Au Théâtre du Soleil

Á Macbeth tout sourit : noble écossais, général victorieux, loué par le Roi, aimé par sa femme. Tout commence bien, mais une faim dévorante de pouvoir, dans laquelle les sorcières n’ont guère joué un rôle décisif, le conduit à s’enfoncer dans le mal. Ne respectant plus rien, ni le Roi, ni l’ami, ni l’enfant, ni son peuple, il avance de meurtre en meurtre jusqu’à sa perte.
Ariane Mnouchkine avait déjà monté des pièces de Shakespeare dans les années 80. Comment allait-elle nous surprendre, nous capter avec ce grand classique en cette année où l’on fête les « cinquante premières années » du théâtre du Soleil ? Elle y réussit admirablement avec une mise en scène qui renvoie aux grands films hollywoodiens en couleurs et cinémascope. Elle place Macbeth dans le monde actuel. C’est un choix cohérent car trop de pays sont encore la proie d’hommes avides de pouvoir et de richesses, prêts à tuer pour satisfaire leur ambition.
Signes de modernité : c’est sur un téléphone de campagne, au milieu d’hommes en uniformes de l’armée britannique, que l’on entend le récit de la victoire de Macbeth. C’est en hélicoptère, au milieu d’une foule de micros et de photographes qu’il rentre chez lui. C’est dans son salon, devant la télévision, télécommande à la main qu’il prend des décisions avec sa femme et c’est à son ordinateur qu’il pose les questions qui l’inquiètent. Sentant le vent tourner, c’est au tir au pistolet sur cible qu’il s’entraîne.

Mais la marque de cette mise en scène ne tient pas qu’à cela. Il y a des moments où, sans effet, par le seul jeu des acteurs, l’émotion est au rendez-vous, comme dans la scène du somnambulisme de Lady Macbeth. D’autres sont tout simplement magnifiques. Dans les jardins d’Inverness, où le couple maudit reçoit le Roi, les fleurs explosent de couleurs contrastant avec la noirceur du projet qui se trame. La scène s’achève par une pluie de pétales rouge-sang annonciatrice des fleuves de sang à venir. La scène du banquet est particulièrement belle. Lady Macbeth en smoking noir et Macbeth en veste blanche dansent au milieu de leurs invités assis autour de tables qui tournent lentement en un carrousel funèbre, avant que les hallucinations de Macbeth ne clouent les invités terrorisés contre le mur. C’est dans son château devenu bunker, ne laissant voir que son visage blême que Macbeth trouvera la mort. Les changements de décor sont assurés avec une rapidité et une dextérité remarquables par une armée d’assistants, parfois complètement vêtus de noir, tels les manipulateurs de marionnettes du bunraku.

Comme toujours indispensable, Jean-Jacques Lemaître signe une partition musicale en accord avec la pièce. Armé d’instruments hétéroclites et faisant appel à des sons électroniques, il crée une ambiance lourde, oppressante, inquiétante. Nirupama Nityanandan incarne une superbe Lady Macbeth, femme de pouvoir très actuelle qui, forte et déterminée, pousse son mari avant de révéler sa fragilité. Serge Nicolaï est un Macbeth très convaincant, marionnette manipulée par sa femme qui, une fois lancé, devient un monstre sanguinaire. Dans cette mise en scène lyrique, tragique et grandiose, on retrouve l’art de faire évoluer quarante acteurs sur un plateau qu’Ariane Mnouchkine a porté à son sommet.

Micheline Rousselet

Mercredi, jeudi et vendredi à 19h30, samedi à 13h30 et 19h30, dimanche à 13h30
Théâtre du Soleil,
Cartoucherie de Vincennes
Route du Champ de Manœuvre, 75012 Paris
Réservations : 01 43 74 24 08
www.theatre-du-soleil.fr

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