Actualité théâtrale

« Macbeth » Théâtre de l’Opprimé, jusqu’au 3 mai

Mettre en scène « Macbeth  », une tragédie du cauchemar, avec ses personnages fantastiques, son atmosphère de surnaturel, ses maléfices dans un petit théâtre avec un décor très réduit apparaît comme une gageure que Serge Poncelet relève avec brio. Le couple maléfique, les sœurs fatales, augures aux annonces ambiguës, les personnages légendaires peu à peu assassinés évoluent dans une ambiance nocturne, cauchemardesque, où les fumées ne parviennent pas à cacher les meurtres et les terreurs. Réduite à une durée d’une heure cinquante, la pièce se concentre sur Macbeth, ce personnage ambitieux mais sans envergure, que sa crédulité face aux prédictions des sœurs fatales et l’ambition de sa femme poussent à un premier crime, celui du roi. Mais ce premier crime en entraînera bien d’autres, jusqu’au plus ignoble, celui de l’enfant de Macduff, en passant par celui de son ami Banquo à qui l’on a prédit que sa descendance régnerait.
Nourris des influences du Nô et du Kabuki, mais aussi des brumes angoissantes du cinéma expressionniste, les décors et les costumes (très belle création de Marie Odin) ne sont pas sans rappeler les créations d’Ariane Mnouchkine, avec qui Serge Poncelet a travaillé à La Cartoucherie, et l’adaptation de « Macbeth » qu’avait fait Akira Kurosawa dans le Château de l’araignée. Il y a peu d’accessoires, mais ce sont les éclairages et l’univers sonore qui accentuent le contraste clair-obscur, les ombres inquiétantes, les couleurs sombres et le surgissement du rouge lors des meurtres. Quelques branches suffisent à faire avancer la forêt vers le château et signer ainsi la perte de Macbeth. Les sept acteurs arrivent à faire vivre la trentaine de personnages que compte la pièce. Serge Poncelet joue Macbeth et restitue bien ce personnage d’ambitieux entraîné dans une spirale de meurtres par sa terreur de perdre le pouvoir. Quant à Eirin Marlène Forsberg elle donne à Lady Macbeth la détermination de l’ambitieuse prête à tout puis la fait basculer dans le tragique. L’horreur et la présence des forces surnaturelles, le poids du destin et la part de monstruosité de l’homme, tout cela est présent dans cette représentation réussie.
Micheline Rousselet

Théâtre de l’Opprimé
78 rue du Charolais, 75012 Paris
Mercredi, jeudi, vendredi, samedi à 20h30, dimanche à 17h, samedi 2 mai à 15h.
Réservations : 01 43 40 44 44

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