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Un film de Serge Bozon (France)

« Madame Hyde » Sortie en salles le 28 mars 2018.

Madame Gequil est un professeur de physique enseignant dans un lycée technique de banlieue.

Elle est professionnellement en difficulté au quotidien puisqu’elle n’arrive pas plus à intéresser les élèves de sa classe à la discipline qu’elle enseigne et qui pourtant, la passionne, et que sa hiérarchie et ses collègues qui ne portent sur elle qu’un regard de pitié.

Un jour, au cours d’une expérience qu’elle pratique dans le laboratoire personnel où elle s’enferme parfois, elle est foudroyée et la terrible secousse qui l’a sonnée un instant en fait subitement une toute autre personne capable d’avoir un solide ascendant sur son auditoire, qu’il s’agisse de ses élèves récalcitrants, du proviseur un rien « poseur », de ses collègues et de son inspecteur qui ne peut que constater le changement et se félicité de cette transformation.

La timide et peu sûre d’elle madame Gequil est, d’un jour à l’autre, devenue madame Hyde. Mais cette énergie nouvelle dont elle dispose maintenant aussi bénéfique qu’elle soit, n’en est pas moins dangereuse.

Cinéma : Madame Hyde

Quelle sorte de film a réalisé Serge Bozon ? Une comédie cruelle, une fantaisie cinématographique, un exercice de style réussi, un clin d’œil sous la forme d’une version moderne vers « Docteu r Jekill et M ister Hyde  » de Victor Fleming ou du «  Testament du Dr Cordelier  » de Jean Renoir.

Le personnage de madame Géquil est interprété par une Isabelle Huppert à laquelle un maquillage livide, des cheveux lâchés et une garde-robe des plus désuètes accusant une silhouette frêle donnent une impression de fragilité et d’inquiétude animale.

Elle met le talent qu’on lui connaît au service d’un personnage de professeure prise en étau entre la matière qu’elle enseigne et pour laquelle elle a une passion réelle et la terrible difficulté qu’elle a à transmettre son savoir foisonnant face à un auditoire de jeunes gens plus qu’irrespectueux, secrètement désespérés, composé d’individus qui semblent avoir mis un point final à toute ambition pour un quelconque avenir.

C’est quand elle a fait toutes les tentatives pour leur transmettre son savoir que Serge Bozon et sa scénariste Axelle Roppert volent à son secours, Un choc électrique se produit qui va faire de la timide madame Géquil une madame Hyde sûre de soi, ayant soudain un ascendant inattendu sur tout son entourage, ses élèves, ses collègues, le proviseur du lycée et le redoutable inspecteur qui se trouvait jusque là, dans l’impossibilité de la confirmer dans ses fonctions.

Mais on ne peut pas devenir « lumineuse » sans en échange voir sacrifier un peu de son âme et cela même si son élève Malik, entraîné dans la métamorphose de son professeur, va s’avérer un jeune homme doué d’une intelligence fulgurante.

Si Serge Bozon réussit un portrait de professeur et si le concours de deux jeunes comédiens de talent viennent consolider son film, il se perd dans des seconds rôles ternes qu’il a souhaités en décalage et stylisés comme celui du proviseur auquel Romain Duris, à la recherche d’une composition saisissante, n’apporte rien ou encore José Garcia en homme au foyer.

Comédie grinçante, fantaisie cinématographique, exercice de style, film social. Il est possible que Serge Bozon soit passé à côté de ses cibles mais qu’il ait réussi un film sur la difficulté d’enseigner et sur ces jeunes gens qui, doutant d’eux et ayant tiré un trait sur toutes leurs ambitions, se réfugient dans une provocation pathétique.

Les effets fantastiques du film, même s’il ne sont pas toujours à la hauteur des espérances ont au moins le mérite d’apporter à «  Madame Hyde » une originalité certaine qui place le film hors des sentiers battus du seul film social.

Et c’est déjà pas mal !

Francis Dubois

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