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Un film de Alf Sjöberg (Suède 1951)

"Mademoiselle Julie" Sortie en salles le 10 septembres 2014.

August Strindberg écrit "Mademoiselle Julie" en 1888 sachant que le sujet abordé va provoquer des réactions d’opposition. Il a vu juste puisque la pièce, à cause de l’audace du sujet, demeurera non jouée jusqu’en 1906.

Une première version cinéma est tournée en 1912 par August Falck. Elle sera suivie d’une autre en 1921, signée Félix Basch.

En 1947, l’argentin Mario Soffici en fait la première version sonorisée.

Alf Sjöberg, grand admirateur de Strindberg met sa pièce en scène au Théâtre Royal de Stockholm en 1949. Il tournera " Mademoiselle Julie" pour le cinéma, un an plus tard.

Le film remportera la Palme d’Or au Festival de Cannes en 1951. Une récompense qu’il partagera avec " Miracle à Milan " de Vittorio de Sica.

Avec cette adaptation, il contribuera à remettre le cinéma suédois à l’honneur.

Alf Sjöberg, comme dans ses autres films, montre l’attirance les uns envers les autres, de personnages appartenant à des classes sociales différentes, qui s’approchent, s’éloignent, s’attirent, se repoussent et se complaisent dans le moment présent et dans l’amour brutal et éphémère.

Il fait remonter l’attirance de la comtesse et du serviteur de son père, l’un pour l’autre, à l’enfance au moyen de flash-back qui pour l’époque, représentent des morceaux d’anthologie cinématographique.

L’adaptation de l’œuvre de Strindberg par Alf Sjöberg est audacieuse car cette histoire d’amour entre une jeune aristocrate et le valet de son père, joue autant sur la différence de classe que sur la condition de la femme.

Le réalisateur, en donnant de l’ampleur à la fête de la saint Jean par des scènes de danse et de jeu, en livrant des secrets sur l’enfance de Mademoiselle Julie, en assombrissant ses origines, se libère du carcan de la pièce et rend plus proche l’un de l’autre les deux protagonistes.

Le romanesque où plonge le film, l’évolution des personnages au cours de la période courte sur laquelle le récit se joue, respecte à la fois le contenu de la pièce de Strindberg et s’en éloigne.

Il fait de cette " Mademoiselle Julie", une vraie œuvre cinématographique indépendante de la référence théâtrale.

Des plans soignés, une image d’un grain magnifique renforcent ce parti-pris.

Il serait intéressant de voir le film de 1951 et la version que propose Liv Ullmann de la pièce de Strindberg, puisqu’ils sortent sur les écrans le même jour. On pourra ainsi mesurer les différences de vision de la même matrice, vue par deux cinéastes talentueux mais à des lieues l’un de l’autre et pas seulement dans le temps.

S’il n’y en avait qu’un seul à voir, le choix se porterait, peut-être pour l’originalité de l’adaptation, sur le film d’ Alf Sjöberg.

Francis Dubois

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