Actualité théâtrale

Création à la Comédie de Picardie à Amiens les 8, 9 et 10 février

« Mademoiselle Julie » En tournée ensuite

C’est la nuit de la Saint Jean, une nuit magique placée sous le signe de la fête et de l’amour. Mademoiselle Julie, la fille du comte vient de rompre ses fiançailles et a décidé de transgresser les règles de son milieu en allant danser avec les domestiques. Un peu ivre, elle oblige son valet Jean à danser avec elle et entreprend de le séduire sous les yeux de sa fiancée, Kristin la cuisinière.

La pièce fonctionne sur le mépris. De son père Julie a hérité un mépris de classe envers les serviteurs et de sa mère la haine des hommes. Elle veut dominer Jean. Mais les serviteurs méprisent la conduite de Julie, traitée de folle. Et au jeu de la domination Jean, parce qu’il est un homme, est mieux armé qu’elle. Tous les éléments de la tragédie sont alors en place.

Théâtre : Mademoiselle Julie

Après avoir adapté et mis en scène Anna Karénine, les bals où on s’amuse n’existent plus pour moi en 2016, Gaëtan Vassart a choisi la « tragédie naturaliste » d’August Strindberg. Là encore il s’agit du parcours d’une femme portée par son désir et cherchant à se libérer, sans succès, des contraintes de son milieu. Julie est centrée sur son désir. Elle veut se servir de Jean, qu’elle méprise, pour bousculer les convenances. Jean, qui désire sortir de sa condition, a appris des manières aristocratiques mais se méfie du monde des maîtres. Sous les provocations de Julie se réveillent en lui une violence et un cynisme qui vont briser une Mademoiselle Julie victime de sa condition de femme. Quand voulant reprendre la main elle lui lance « un valet est un valet », il réplique »une putain est une putain ». Passée de la cravache à la soumission, de la force à la faiblesse, de plus en plus perdue et désespérée, elle est envahie par un sentiment de déchéance après les excès de la nuit. Son destin ne peut alors que déboucher sur une impasse.

Gaëtan Vassart a respecté, dans sa mise en scène l’unité de lieu voulue par Strindberg. On est dans la cuisine du château, Kristin se concentre sur le plat qui mijote dans une casserole, Julie arrive excitée par l’alcool et la fête. Les échos de la fête ne parviendront jusqu’à nous que par la musique, des ballons rouges qui tomberont des cintres et un masque qui entrera et dansera sur la table.

Le metteur en scène a retrouvé deux acteurs qu’il avait dirigés dans Anna Karénine . Sabrina Kouroughli porte bien le personnage de Kristin. Asservie aux maîtres, elle accepte les différences sociales et ne peut accepter les transgressions de Julie. Xavier Legrand incarne Jean. Il résiste au mépris de Mademoiselle Julie. Il a au contact des maîtres acquis une certaine culture, boit du Bourgogne quand Julie s’encanaille à la bière. On l’aurait souhaité un peu plus cynique et violent quand le rapport de force s’inverse entre lui et Julie. C’est Anna Mouglalis que Gaëtan Vassart a choisi pour incarner cette dernière. Grande, en pantalon, bottines à talons aiguilles et décolleté tombant sur les épaules, marchant à grands pas d’un air déterminé, elle exprime bien la volonté de Julie d’agir en homme. Sa voix rauque et grave la rend convaincante aussi bien en dominatrice qu’en femme désespérée et perdue. Et à regarder la Mademoiselle Julie qu’elle incarne, on se prend à penser que les femmes n’ont pas encore gagné la bataille pour sortir de la position que voudrait leur assigner la société.

Micheline Rousselet

Tournée 2018-2019 à Paris et en région

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