Actualité théâtrale

Jusqu’au 4 novembre au Théâtre du Lucernaire

« Mademoiselle Molière »

C’est dans l’intimité d’un couple célèbre, Molière et Madeleine Béjart que nous invite le dramaturge Gérard Savoisien. On est en 1661, le succès de Molière a été reconnu par le Roi et il est invité à jouer sa nouvelle pièce Les Fâcheux aux fêtes données par Fouquet en l’honneur du Roi. Il est fils de bourgeois, elle a toujours été une comédienne lancée sur les routes mais cela fait désormais vingt ans qu’ils s’aiment et travaillent ensemble, soudés par une passion commune, le théâtre. Elle l’a toujours soutenu, même lors de ses débuts difficiles, elle l’encourage quand il doute, partage son mépris des courtisans et sait calmer ses colères. Mais brusquement elle sent qu’il s’éloigne et il lui annonce qu’il la quitte. Elle n’y croit pas, il a déjà eu des aventures. Elle vieillit mais elle est encore belle et suscite le désir quand elle est sur scène. Mais là il lui inflige la pire des souffrances. Il la quitte pour épouser une plus jeune, une plus belle, qui ressemble à ce qu’elle fut, sa fille Armande.
Théâtre : Mademoiselle Molière
Madeleine aura beau lui dépeindre les moqueries que suscitera cette union d’un vieux barbon (il a 40 ans) et d’une jeune fille de vingt ans, sa belle-fille qui plus est, lui prédire que cette jeune coquette le trompera, rien n’y fait. Molière a encore beaucoup de tendresse pour Madeleine mais sa décision est prise, il est déjà en train d’écrire un rôle pour Armande. Elle sera l’Agnès de « L’école des femmes », justement une jeune fille mariée à un vieux barbon.

La mise en scène d’Arnaud Denis nous place dans les coulisses. Madeleine et Molière y vivent, s’aiment et parlent de théâtre. Les costumes et les éléments de décor sont ceux du XVIIème siècle. Quand ils sont sur scène, c’est leur dos que l’on voit avec en face d’eux les lumières de la salle et on les entend dans trois courts extraits de pièces de Molière, ce qui permet de briser un peu l’intimité du couple. On ne verra jamais Armande, c’est ce couple que l’on écoute.

Anne Bouvier campe de façon admirable Madeleine. Elle est séduisante, sensuelle, ironique, tendre, pleine de fantaisie, toujours pleine de désir pour ce Molière qu’elle a tant soutenu avec toute son énergie et son intelligence. Puis elle devient cette femme qui se révolte contre l’âge qui l’emporte insidieusement sur la comédienne et la femme qu’elle fut, et surtout contre l’homme qui lui inflige la pire des trahisons. Elle attire la lumière. On craint pour son partenaire et pourtant il existe.

Christophe de Mareuil est Molière. Ses colères, ses inquiétudes sur la réception de ses pièces, sur sa renommée dépendante des caprices du Prince laissent place à plus d’insouciance le succès venu, et il ne pense plus qu’à Armande. Puis on voit sur le visage de l’acteur cette insouciance se teinter d’inquiétude et même de remords.

Ensemble ils nous offrent un moment où le théâtre et l’amour s’emmêlent, où l’histoire intime rejoint la grande Histoire et où les époques se rejoignent dans le bonheur et le malheur d’aimer.

Micheline Rousselet

Du mardi au samedi 20h, le dimanche à 17h
Théâtre du Lucernaire
53 rue Notre Dame des Champs, 75006 PARIS
Réduc’SNES sur réservation : 01 45 44 57 34 Théâtre : Mademoiselle Molière

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