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Un film de Enrico Alexander Giordano (France)

 "Maître du Monde" Sortie en salles le 28 décembre 2011

Richard, courtier en bourse d’une quarantaine d’années, est mis sur la touche dans la banque pour laquelle il travaillait. Un beau matin, cet homme élégant et raffiné monte à bord de sa voiture à destination d’un massif montagneux.

Lorsque son chemin n’est plus carrossable, il laisse sa voiture, enfile son sac à dos et continue à pied. Ce sera son premier abandon.

Jusque-là, sa démarche ressemble à l’escapade d’un homme riche et soigné portant chemise blanche qui, à l’heure du repas, déplie une table en bois, fait réchauffer des plats raffinés, débouche dans les règles une bonne bouteille de vin .

Le malaise s’installe quand on le voit prendre des risques, affronter des parois montagneuses et abandonner derrière lui les objets encombrants ou devenus inutiles, constater que ses réserves alimentaires s’épuisent en même temps que le nombre de ses chemises blanches.

Une lente dégradation s’empare de sa personne et ses actes deviennent de plus en plus désordonnés.

Lorsqu’il n’aura plus rien à transporter, qu’il sera devenu sale et affamé, il ne lui restera plus, pour s’épuiser plus vite, qu’à se lancer dans une course éperdue à travers la forêt.

On dira, et on aura raison de le dire, que le film d’Enrico Alexander Giordano ne fait que relater le déroulement des journées à travers la montagne, d’un homme en rupture avec la société qui l’a rejeté.

On le voit, d’abord élégamment vêtu, chargé d’un sac à dos impeccable, gravir les sentiers de petite montagne sans s’interdire des pauses de contemplation, déplier son matériel de campeur de luxe, dresser la table, faire chauffer son repas, s’autoriser l’ouverture d’une petite boite de caviar.

Dans un premier temps, le rituel est respecté, les gestes sont précis, l’homme est très soigné ; après une toilette méticuleuse à l’eau de source, il revêt une nouvelle chemise blanche.

Et pourtant très vite, le drame plante ses premiers jalons. On pouvait penser que l’homme, voyant ses réserves alimentaires et vestimentaires diminuer, opérerait un repli, ferait machine arrière, retournerait à la vie cossue qui l’attend encore Et c’est dans son obstination à s’éloigner, à se perdre et prendre des risques, qu’on commence à percevoir les signes grandissants de sa démarche suicidaire.

Le spectateur, après avoir été une sorte de compagnon de route du personnage, devient le témoin de sa lente décrépitude et de la folie où il finit par sombrer.

"Maître du monde" est à la fois une allégorie et un drame palpable même s’il se situe parfois, aux confins de l’absurde.

Le rythme du film est calqué sur les activités de l’homme au quotidien, mais curieusement, le récit ne souffre d’aucune lenteur et l’esthétisme est celui des seuls grands espaces.

La mise en scène est d’une grande rigueur et il ne faut pas chercher ici, l’émotion que pourrait susciter l’histoire de cette perdition volontaire. Elle existe pourtant, mais elle est dans l’arrière-plan du récit, dans la cruauté des circonstances.

Francis Dubois.

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