Lectures : littérature, poésie, polars, essais, revues

Maison de la Poésie Paris, jusqu’au 26 juin 2010

"Maldoror" d’après Lautréamont. Mise en scène Pierre Pradinas

Deux lourds rideaux de velours rouge, de chaque côté du plateau, encadrent un écran sur lequel sont projetées des vidéos en rapport à peine décalé avec le sujet de chacun des extraits de chants proposés. Un divan de la même couleur. Un tapis et pour commencer, un pupitre à micro derrière lequel David Ayala donne, pour notre plus grand plaisir de spectateur, le premier des huit chants que le spectacle propose, "Vieil océan".
En costume sombre sur chemise blanche, cheveux gominés et lunettes noires, le comédien est à la fois un orateur à son pupitre, un mafieux dans un exercice de charme et un ecclésiastique qui, du haut de la chaire, dispense à une assistance de fidèles, discours et gestes sentencieux…
Texte aux limites du lyrisme, plongeant dans les profondeurs d’une émotion diffuse, ce "Vieil Océan" rejoint les grands moments de théâtre. Les gestes, l’emportement, la retenue, l’éclatement, la force des mots accompagnent cette vision épique à la fois cauchemardesque et berçante du monde ; en tout cas, une vision non angélique plus proche de la réalité que de l’idéalisation.

© Patrick Fabre

Les autres extraits de chants proposés, "La jeune fille", "Maldoror", "Le canif", "Le pou", adoptent d’autres tonalités et fonctionnent sur d’autres supports narratifs, toujours accompagnés par la musique des Pink Floyd qui est à chaque fois, en totale harmonie avec la couleur des textes.
"Les chants de Maldoror" sont l’œuvre d’Isidore Ducasse, Comte de Lautréamont, alors âgé de 22 ans. L’intégrale fut publiée en 1869 et connut par la suite plusieurs éditions. On doit notamment la persistance de cette œuvre à Louis Aragon et André Breton qui, en 1919, alors jeunes surréalistes, en ont recopié intégralement l’unique exemplaire conservé à la Bibliothèque Nationale et qui en firent découvrir la teneur dans leur revue Littérature.
Un autre beau spectacle à mettre à l’actif de la Maison de la Poésie qui, tout au long de la saison nous aura fait découvrir ou redécouvrir une succession de superbes textes qu’on ne propose nulle part ailleurs.
Francis Dubois

Maison de la Poésie
Passage Molière, 157 rue Saint-Martin
75 003 Paris
Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits mais sur réservation impérative) : 01 44 54 53 14
www.maisondelapoesieparis.com

Autres articles de la rubrique Lectures : littérature, poésie, polars, essais, revues

  • Deux polars, de Pologne et de Slovaquie
    Du côté de Varsovie Zygmun Miloszewski est salué, à juste raison à la lecture de « Te souviendras-tu de demain ? », comme un romancier qui compte. Il met en scène un couple de vieux amants mariés,... Lire la suite (25 août)
  • « A tombeau ouvert », Raul Argemi
    Raoul Argemi, aujourd’hui journaliste, romancier et homme de théâtre, fut, en 1975, un des acteurs de la lutte armée contre la dictature. Cette expérience sert de toile de fond à ce roman, « A tombeau... Lire la suite (23 août)
  • « Une année de cendres », Philippe Huet
    . Philippe Huet longtemps rédacteur en chef adjoint de Paris Normandie a voulu, dans « Une année de cendres », raconter l’histoire de deux truands qui ont tenu Le Havre de la fin de la seconde... Lire la suite (23 août)
  • « Stoneburner », William Gray
    William Gray (1941-2012) est considéré, aux Etats-Unis comme le maître du « Southern Gothic », un genre qui mélange allègrement le noir avec des ingrédients tenant du grotesque ou du surréel venant en... Lire la suite (22 août)
  • Spécial James Lee Burke.
    Dave Robicheaux, flic de Louisiane, est le personnage clé de l’œuvre de James Lee Burke, son double plus sans doute que ses autres personnages. Robicheaux c’est la Nouvelle-Orléans, sa corruption,... Lire la suite (1er août)