Actualité théâtrale

Le Lucernaire, partenaire Réduc’Snes, jusqu’au 14 juin 2014

"Maman dans le vent" Texte et mise en scène Jacques Descorde.

Un homme et sa fille ont pris l’autoroute en direction de la mer jusqu’aux falaises crayeuses.

La mère est morte et l’on devine que le bout du voyage est une de ces falaises où elle aimait aller se promener.


La nuit passe, puis le jour. Le temps s’écoule entre la chambre d’hôtel, de timides baignades sur la plage déserte, à observer le grand magnolia rose où peut-être se perche la nouvelle demeure de la mère, à regarder à la télévision "Le roi Arthur" de John Boorman, à écouter une chanson de Julia Winter.

La fillette a besoin pour s’endormir que son père lui chuchote des histoires à l’oreille, sur le ton des confidences dont il est avare.

Elle est tour à tour enjouée et désespérée, sautillante ou recroquevillée sur le lit et ne comprend rien à la présence du révolver dans le sac de voyage, pas plus qu’elle n’explique les yeux secs de son père alors que comme elle, il devrait exprimer sa douleur.

Lorsqu’elle comprendra qu’ils sont à égalité dans la souffrance et que c’est ensemble qu’ils doivent affronter le deuil, le moment sera venu d’accomplir l’acte pour lequel ils ont fait le voyage, répandre dans le vent, du haut de la falaise, les cendres contenues dans l’urne.

Et c’est la fillette qui, dans un éclair de lucidité va aller au secours de son père et lui donner la force de rebrousser chemin.

Des dialogues courts, parfois très courts, rythmés par le silence.

Des échanges entre le père et la fille presque chuchotés au point que le spectateur peut avoir le sentiment de commettre une indiscrétion, de pénétrer dans une intimité où la douleur est aussi présente dans la légèreté que dans la gravité, dans le silence que dans le cri.

"Maman dans le vent" est un spectacle d’une grande pudeur magnifiquement servi par deux comédiens qui jouent leurs partitions en contraste, laissant grandir entre les silences et les brefs dialogues, l’émotion du désarroi.

Comment faire pour que le public, sollicité par tant de spectacles à l’affiche au Lucernaire et dans les théâtres parisiens, viennent découvrir cette "pépite" qui, à l’annonce, ne paie pas de mine et qui est un des plus beaux qu’on puisse voir actuellement.

Francis Dubois

Le Lucernaire, 53 rue Notre Dame des Champs 75 006 Paris.

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) 01 45 44 57 34

www.lucernaire.fr

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