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Un film de Benoît Délépine et Gustave Kervern (France Belgique)

"Mammuth" Sortie en salle le 21 avril 2010

Au moment de prendre sa retraite, Serge Pilardosse découvre qu’au cours de sa carrière, un certain nombre de ses employeurs ont oublié de le déclarer à l’Ursaf. Deux solutions s’offrent à lui s’il veut toucher une pension décente et rembourser ses emprunts, racheter les années manquantes ou partir à la recherche des attestations d’emploi.
Poussé par sa femme, il enfourche sa vieille moto, une Mammuth, et s’en va faire le tour de ses anciens employeurs. Le voyage n’est pas anodin. Serge se trouve confronté à son passé et le périple devient un pèlerinage tour à tour réjouissant et douloureux mais toujours déjanté, constitué de rencontres successives qui donnent lieu chacune à une anecdote savoureuse tendre ou triviale et au récit général l’aspect d’un passionnant patchwork. Un patchwork dont le lien est le personnage de Serge Pilardosse auquel Gérard Depardieu, utilisé à contre emploi, donne un contour de balourd pas forcément sympathique.

En 2008, Benoît Delépine et Gustave Kervern créent la surprise. Avec "Louise-Michel" un petit film insolent et corrosif qui vise juste, ils sont salués par la critique et surtout largement suivis par le public.
Avec "Mammuth", ils tracent leur récit dans un sillon très voisin et réussissent à partir de la peinture d’un monde bien réel et de ses tracasseries quotidiennes ordinaires qu’ils dépeignent sans précaution, à glisser au hasard de leur construction, un regard potache ou poétique et quelques belles échappées lyriques. De la même façon que le périple de Serge Pilarbosse s’émaille de séquences décalées et toujours surprenantes, l’image elle-même peut s’éloigner du réalisme et glisser vers une stylisation presque picturale, une saturation du grain qui plonge le récit dans une dimension narrative autre, un domaine qui pourrait s’apparenter au rêve et à l’exercice de style.
Les deux cinéastes nous baladent dans un monde encrassé, vicié, perverti, aux manières indélicates, un monde qui a, sauf rare exception, définitivement rompu avec les valeurs de générosité et si "Mammuth" fait penser à un conte, c’est parce qu’il en est peut-être le parfait contraire.. Ici, les maisons sont peintes en rose comme dans les contes et il y a des nains dans les jardins mais on est dans un lotissement pourri et les amours de jeunesse, matière à nostalgie et à agitation intérieure tenace, ont un visage ensanglanté comme si le monde d’aujourd’hui s’était doucement vidé de la pureté et des bons sentiments.
Tout cela n’empêche pas "Mammuth", une œuvre très personnelle, d’être un film souvent drôle dont il se dégage un grand air de liberté.
Francis Dubois

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