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Un film de Pierre Creton (France)

"Maniquerville" Sortie à l’Espace St Michel le 2 juin 2010

Maniquerville est un centre de gérontologie rattaché à l’Hôpital de Fécamp où Françoise Lebrun, comédienne de cinéma et de théâtre, vient régulièrement faire des lectures. Installée à la table, dans le parc du château quand le temps le permet, elle est entourée d’une dizaines d’auditeurs fervents de textes de Proust qui évoquent le temps passé. Clara, animatrice du Centre est partie prenante. D’un passage à l’autre de Françoise Lebrun est née une relation amicale entre les deux femmes.
Actuellement, la France compte 800 000 personnes âgées dépendantes. Elles seront 1 200 000 en 2040. L’âge, la maladie ne les épuisent pas plus que l’inaction, la vie végétative, les heures passées devant la télévision. Au début, lorsque Françoise Lebrun donne les premières lectures des textes de Proust, l’auditoire est attentif mais les réactions très rares des pensionnaires interrogent à propos de l’intérêt qu’ils portent à l’exercice. C’est plus tard, lorsque la présence de la comédienne leur devient familière, que l’intérêt pour les lectures apparaît. Françoise Lebrun, elle-même, au fur et à mesure des séances, se montre plus à l’aise, devient un peu plus pédagogue et voilà qu’un texte à propos de l’âge résonne et qu’il s’en suit une discussion où les uns et les autres parlent de leur ressenti, de la façon dont ils perçoivent leur vieillissement.
Pierre Creton filme la vie du Centre au quotidien, les fauteuils roulants, les ascenseurs, les promenades dans le parc, les corps affaiblis, les moments de somnolence, les coups de déprime silencieux, la mort qui rôde, l’élégance, la coquetterie de certains.

© Capricci Films

Cette partie du film ne dépasse pas les limites du reportage habituel sur le sujet. C’est quand l’extérieur s’invite, quand il filme les visites de Françoise Lebrun, les séances de lecture, quand grandit l’intérêt des auditeurs, que le film trouve sa dimension cinématographique. Une promenade dans le parc dans le vacarme des travaux de restauration du château, un petit déjeuner paisible ou à travers une vitre, un moment indiscret ou Françoise et Clara dansent en catimini, un rock lent et le film prend une autre consistance. On a eu le temps de repérer les différents visages, de pénétrer dans le fonctionnement intime du Centre mais c’est essentiellement la bouffée d’air venue de l’extérieur qui relance à la fois le film et l’intérêt pour les séances de lecture. Certains des pensionnaires qui appartenaient au côté documentaire du film sont passés du côté de la fiction. De là à découvrir qu’il suffirait d’apporter un peu de fiction au documentaire pour qu’un peu de vie survienne dans un monde en état de mort lente…
"Maniquerville" est un film tendre sur un univers dur et la morale de l’histoire pourrait être : "ce ne sont pas les textes de Proust qui éclairent la vie des vieilles personnes mais la douce et chaleureuse présence qui les leur propose"…
Francis Dubois

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