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Un film de Radu Muntean (Roumanie)

"Mardi, après Noël" Sortie en salles le 8 décembre 2010

Paul et Adriana sont mariés depuis dix ans. Ils vivent en parfaite harmonie et leur petite fille ajoute à leur bonheur.
Or, depuis six mois, Paul vit une histoire importante avec Raluca, une jeune dentiste qui se trouve être celle qui soigne la fillette.
Il s’est toujours arrangé pour qu’Adriana et Raluca ne se croisent pas. Mais un jour, la rencontre est inévitable et Paul se sent tenu d’avouer sa liaison à sa femme.
Dès lors, la rupture est inévitable.
Rien de plus banal qu’une histoire d’adultère qui vient altérer la vie en apparence harmonieuse d’un couple de quadragenaires comblés.
Pourtant avec les ingrédients habituels, Tadu Munteam a réalisé un film de bout en bout original et qui, à aucun moment ne donne l’impression de déjà vu.

Ce tour de force tient au parti pris narratif : la construction du film constitué de longues séquences est conçue comme pour mener à bout dans leur bonheur ou dans la souffrance les personnages ordinaires. Le jeu au scalpel de comédiens hors pair, le choix des situations, des gestes et des lieux collant au quotidien font le reste.
La séquence d’ouverture qui montre Paul et Raluca au lit après l’amour est d’une justesse confondante. Ces deux-là, heureux d’être ensemble, se laissent aller à leur bonheur et les répliques minuscules qu’ils échangent, en apparence insignifiantes sont autant d’éclatantes déclarations d’amour, le reflet de la passion dévorante qu’ils ont l’un pour l’autre Rien n’est dit mais on comprend que ce qui se passe entre eux est une authentique histoire d’amour.
Une autre séquence est révélatrice de la tonalité du film. Le moment où Paul dit (plus qu’il n’avoue) à Adriana qu’il aime une autre femme. On peut interpréter le silence qui suit de multiples façons. On pourrait penser qu’Adriana est assommée sous le coup de la révélation mais la façon dont la scène est filmée impose une autre interprétation. Rien ne le dit mais il est évident que ce temps de silence est celui dont Adriana a besoin pour remonter leurs dix années de vie commune et les annuler. On pourrait citer la scène du repas de famille, le minuscule moment où Adriana tend à Paul le cadeau qu’elle lui destinait…
"Mardi, après Noël" est l’autopsie d’une rupture. C’est un film où la caméra n’abandonne une situation, un visage ou simplement un regard que lorsqu’il est arrivé au bout de ce qu’il pouvait exprimer.
Mais c’est aussi, malgré le sujet, un film d’une grande fraîcheur qui véhicule autant d’émotion que d’ironie et ne tombe jamais dans le lieu commun.
Il y a dix ans, le cinéma roumain était dans le coma mais depuis "4 mois, 3 semaines, 2 jours", Palme d’Or à Cannes en 2007, il a repris sa place. "Mardi, après Noël" devrait confirmer cette résurrection.
Francis Dubois

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