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Un film de Jean-Pierre Améris (France)

"Marie Heurtin" Sortie en salles le 12 novembre 2014.

Née sourde et aveugle en 1885, Marie Heurtin est, devenue adolescente, dans l’impossibilité de communiquer de quelque façon que ce soit..

Cependant, ses parents, des gens modestes, rejettent le conseil de médecins qui recommandent de la faire interner dans un asile.

Leur dernier espoir est de la faire admettre à l’Institut de Larnay, près de Poitiers, où des religieuses encadrent des jeunes filles sourdes.

La prise en charge du cas "lourd" de Marie semble peu envisageable pour la Mère supérieure mais Sœur Marguerite qui s’est intéressée à la jeune fille au premier regard, réussit à convaincre les membres de la communauté religieuse que quelque chose est à tenter pour sortir l’adolescente du mutisme où elle est enfermée.

Un long travail pédagogique va être entrepris et au bout d’une alternance de moments de déception et d’encouragements "le petit animal sauvage" va sortir de sa nuit.

Cinéma : "Marie Heurtin"

Depuis " Le bateau de mariage" en 1992, jusqu’à " L’homme qui rit " en 2012, Jean-Pierre Améris même s’il a traité des sujets très différents pour ne pas dire contrastés, n’a jamais dévié de sa ligne de cinéaste " du milieu" associant rigueur, exigence et discrète ambition, même lorsqu’il rencontre le succès public comme en 2009, avec " Les émotifs anonymes".

Dans " Marie Heurtin " il retrouve Isabelle Carré et dirige Ariana Rivoire, une jeune comédienne à qui revient la lourde charge d’interpréter le rôle-titre.

Pour avoir été inspiré de faits divers réels qui se sont déroulés en France à la fin du 19ème siècle, " Marie Heurtin " n’en est pas moins traité, dans son déroulement et dans son contenu, comme un conte.

Une jeune religieuse, condamnée par une maladie pulmonaire, décide d’extraire de la nuit où elle vit enfermée, une adolescente dont tout laisse à penser que son existence n’aura pas de suite.

Elle invente pour ce faire, une pédagogie novatrice et, à force de volonté, finit par transformer une souillon repoussante en une jeune fille ouverte à la sensibilité et au monde.

Les premières apparitions de Marie, la chevelure embroussaillée, allant nu-pieds dans une chemise crasseuse, le visage noirci de crasse, engagent un certain type de récit que l’environnement campagnard confirme. Que vient confirmer la façon dont sont présentées la communauté religieuse et les pensionnaires de l’établissement. Et bientôt l’angélisme obstiné de Sœur Marguerite, au dévouement total à l’autre.

L’ambigüité de la réalisation de Jean-Pierre Améris vient de là : a-t-il vraiment voulu traiter son film comme un conte ou bien a-t-il fait fausse route avec des scènes-clichés ?

Il dit avoir été marqué par l’histoire d’Helen Keller, une jeune américaine sourde-aveugle sauvée par sa gouvernante mais " Miracle en Alabama " qu’a réalisé Arthur Penn sur le sujet était d’une autre tenue.

Le défaut du film d’Ameris est peut-être d’avoir traité le sujet en multipliant les moments saillants du récit tels ceux des affrontements physiques entre sœur Marguerite et Marie Heurtin et d’en avoir fait le socle narratif.

Le dénouement qu’il propose avec l’inversion des rôles : une Marie Heurtin rendue à la société qui accompagne dans les derniers moments de sa vie une Sœur Marguerite que l’accomplissement de sa mission rend sereine face à la mort, n’est pas pour donner l’ampleur ou la rigueur qui manque au récit pour qu’il soit totalement convaincant.

Jean- Pierre Ameris a-t-i réussi son film ou est-il passé à côté d’un sujet ambitieux ?

Francis Dubois

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