Actualité théâtrale

Jusqu’au 12 janvier 2012 au Lucernaire

« Marie Tudor » Partenaire Réduc’snes

Victor Hugo a trente ans lorsqu’il écrit "  Marie Tudor ", mais il a déjà clairement à l’esprit ce que doit être pour lui un drame romantique, un mélange sur scène de tout ce qui est mêlé dans la vie, l’histoire avec un H et l’histoire que nous faisons. « Ce serait le rire et les larmes, le bien et le mal, le haut et le bas, la fatalité, la providence, le génie, le hasard, la société, la nature, le monde, la vie et, au-dessus de tout cela, on sentirait planer quelque chose de grand ». De l’Histoire, Victor Hugo ne retient que le personnage de Marie Tudor, reine d’Angleterre promise à Philippe II d’Espagne, et l’ambassadeur de ce dernier, Simon Renard.

Victor Hugo veut nous présenter « une reine qui soit une femme, grande comme reine, vraie comme femme ». Elle est amoureuse. Son amant, Fabio Fabiani, fils d’un chaussetier italien, élevé en Espagne et qu’elle a anobli, la trompe avec une jeune fille du peuple, Jane, que veut épouser Gilbert, l’ouvrier qui l’a recueillie et élevée comme sa fille. Fabiani, triste sire au demeurant, cristallise toutes les haines, celle de la Cour qui hait cet étranger de basse extraction et celle du peuple. Dès le début, sa chute est programmée et c’est entre Westminster et la Tour de Londres que le drame se noue et va se dénouer à la fin, un drame empli de zones d’ombres, comme on l’attend du théâtre de Hugo. Au drame amoureux se superpose une tragédie où le véritable enjeu est la prise de pouvoir et où celle-ci ouvre la porte aux rancœurs les plus basses. La haine de la Cour envers Fabiani ne repose pas que sur de nobles raisons politiques, il y entre beaucoup de xénophobie et de mépris à l’encontre d’un homme qui s’est élevé au-dessus de sa condition. La transformation de l’amour paternel de Gilbert en passion amoureuse relève un peu de l’inceste. Simon Renard, simple ambassadeur, n’a qu’une idée, se débarrasser de Fabiani pour rester, en sous-main, maître du pouvoir. Quant à la reine, elle dit « Je suis une femme, je veux et je ne veux pas ».

Faisant sien le mot de Jean Vilar, « Il faut veiller à défendre Hugo contre les sots et les gens d’esprit », Pascal Faber a choisi de mettre en scène ce drame des passions et des ambitions avec simplicité, sans emphase pour laisser toute sa place à l’écoute du texte. Le décor est simple et c’est surtout le jeu des lumières et le choix des couleurs qui vont créer l’ambiance. On sait le plateau du Lucernaire bien petit et pourtant le noir des costumes et des ombres nous entraîne sur les bords de la Tamise, une robe rouge et des éclairages écarlates nous conduisent au Palais. La dernière scène est conduite comme un thriller où le son lugubre de la cloche qui accompagne le condamné vrille les nerfs des deux femmes et celui du spectateur, qui ne connaîtrait pas l’issue de la pièce. Les acteurs sont tous très bons. On notera particulièrement Florence Cabaret qui campe une Marie, passionnée et blessée, hésitant entre la vengeance et l’amour et qui en oublie d’être reine et Sacha Pétronijevic incarnant un Simon Renard, sans conscience morale, pour qui les hommes ne sont que des pions à utiliser ou des adversaires à éliminer. Il y a des sentiments, de l’action, du suspense et un texte ! On est dans du théâtre populaire au sens le plus noble du terme.

Micheline Rousselet

Du mardi au samedi à 21h30, le dimanche à 15h

Le Lucernaire

53 rue Notre-Dame-des-Champs, 75006 Paris

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 45 44 57 34

 

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