Actualité théâtrale

À partir du 28 janvier au Petit Montparnasse

« Marie des Poules, Gouvernante chez George Sand »

Marie Caillaud, petite paysanne du Berry a onze ans quand George Sand l’engage comme aide-cuisinière à Nohant . Comme elle est aussi chargée de ramasser les œufs on l’appellera Marie des Poules. Elle est vive, intelligente, s’attache à George Sand qui la fait jouer dans les pièces de théâtre qu’elle monte à Nohant pour ses amis venus de Paris, Delacroix, Théophile Gautier, Alexandre Dumas fils. George Sand lui apprend à lire et à écrire et plus tard en fera sa gouvernante. Marie est jolie aussi et le fils de George, Maurice, ne manque pas de le remarquer. Sauter la soubrette tous les fils de famille le font et, même s’il est le fils d’une femme qui ose braver les convenances de son temps, Maurice n’hésite pas à user de ses prérogatives. Quant à George elle estime que à trente-neuf ans il est temps que son fils se marie et une soubrette ne saurait être un parti envisageable.

Théâtre : Marie des poules

Gérard Savoisien s’est penché sur cette histoire vraie et lui a donné une épaisseur, une chaleur, une émotion qui emporte les spectateurs. Arnaud Denis, le metteur en scène, a placé sur le plateau un château de la taille d’une maison de poupée. On peut l’ouvrir pour y faire entrer une figurine ou pour laisser entrevoir une chambrette rappelant combien Marie était une enfant quand elle arriva à Nohant. Les éclairages doux évoquent ceux du XIXème siècle et quand Marie va monter sur la scène pour la première fois à Nohant on pense à ceux qui apparaissent dans les tableaux de Degas.

L’interprétation est superbe. Arnaud Denis incarne Maurice, ce fils tant aimé de George, gâté, habitué à obtenir ce qu’il souhaite sans grand effort et qui apprécie la commodité d’avoir sous la main une jolie fille qui ne peut se refuser. L’acteur donne à Maurice les traits d’un jeune bourgeois hautain, cynique qui, avec l’arrogance de son milieu ne se préoccupera que de ce qui est commode pour lui et maintiendra Marie dans le carcan de sa condition. Béatrice Agenin incarne Marie et George Sand. Elle est la petite fille timide qui parle le patois berrichon, l’adolescente curieuse, qui admire sa maîtresse et qui apprend très vite à lire, la jeune fille qui sert à boire aux célébrités de passage à Nohant, la jeune femme amoureuse ou celle qui revient de Paris éblouie par le rythme de la ville, les intellectuels que George lui a fait rencontrer. En une seconde, un tablier enlevé, une courte cape sur sa robe, elle devient George Sand. La voix est plus grave, l’accent a disparu, le ton est devenu plus autoritaire. Il y a même une scène où Béatrice Agenin fait dialoguer les deux femmes, passant d’une voix à l’autre. On est ému aux larmes quand elle dit les mots de Marie qui a si bien compris qu’en dépit de son intelligence elle n’avait aucune chance de vaincre l’injustice sociale. Elle est époustouflante.

Micheline Rousselet

Du mardi au samedi à 19h, le dimanche à 17h

Petit Montparnasse

31 rue de la Gaîté, 75014 Paris

Réservations : 01 43 22 77 74

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « Mademoiselle Julie »
    La pièce d’August Strindberg a été montée plusieurs fois la saison passée, pourtant on a l’impression de la redécouvrir chaque fois au gré des adaptations et des interprétations, tant elle est riche et... Lire la suite (19 septembre)
  • « L’Amérique n’existe pas »
    Un homme, bien seul au milieu de cartons plus ou moins bien empilés, se lance dans un monologue. Il raconte des histoires, il fait naître des personnages comme cet homme qui ne monte jamais dans un... Lire la suite (18 septembre)
  • « À l’abordage »
    Sasha troublée par la beauté d’un jeune homme Ayden arrive avec son amie Carlie dans la communauté où il habite avec un maître à penser charismatique, Kinbote, secondé par sa sœur, Théodora. Kinbote... Lire la suite (18 septembre)
  • « Contes et légendes »
    L’intelligence artificielle est au cœur des recherches scientifiques d’aujourd’hui. Simples remplaçants des hommes pour des tâches répétitives ou dangereuses au départ, on ferait bien aujourd’hui des... Lire la suite (17 septembre)
  • « Où est mon chandail islandais ? »
    Knutte est revenu au village pour l’enterrement de son père. Il n’est pas venu les mains vides, mais les poches pleines de bière, sans compter celles qu’il pourra trouver, ainsi que quelques... Lire la suite (17 septembre)