Actualité théâtrale

Maison de la Poésie de Paris - partenaire Réduc’Snes - jusqu’au 13 janvier 2013

"Marsiho" d’André Suarès Adaptation et mise en scène de Philippe Caubère.

Il fallait le talent de dénicheur de textes et la sensibilité "méridionale" de Claude Guerre pour qu’ait lieu, un jour, sur le plateau d’un théâtre, une magnifique et indispensable rencontre : celle de Philippe Caubère, acteur-conteur, avec André Suarès, auteur dramatique, essayiste, poète et moraliste né en 1868 à Marseille qui aurait dû compter parmi les plus grands écrivains français et même européens du vingtième siècle.

"Marsiho" (nom provençal de Marseille) est avant tout une peinture moderne du Marseille des années 30, loin de l’image désordonnée et des rumeurs qui courent et entachent cette ville de mer et de soleil.

André Suarès n’a pas écrit d’œuvre romanesque pour la postérité. Il a évité la fiction pour rester dans le vrai et dans la poésie.

Ce qui n’empêche pas son œuvre d’être immense et de se caractériser par une grande diversité.

Il l’a nourrie des voyages qu’il a effectués, de l’art, de l’histoire et de la politique (L’affaire Dreyfus, la guerre de 14, la crise des années trente, la guerre de 40 et l’occupation qu’il vécut en tant que juif).

Les textes qu’il écrivit sur l’Italie, la Provence ou la Bretagne, Marseille ou Paris ne sont pas des carnets de voyage. Ce sont des œuvres à part entière.

Philippe Caubère est ici comme un poisson dans l’eau, en terrain de connaissance. Les textes qu’André Suarès écrivit sur Marseille, il lui revenait à lui, de les dire.

Qui d’autre aurait pu se colleter à toutes ces images qui résument et multiplient la ville avec autant de sensibilité rude et de justesse.

Il en a fait une adaptation vibrante conçue à la manière d’une mosaïque, selon une succession de tableaux contrastés allant de l’intime au collectif avec une agilité qui n’appartient qu’à lui, une virtuosité qui tient à l’écart le moindre effet, la moindre coquetterie d’interprète.

Deux heures durant, il peint la ville, la dessine, lui rend sa légitimité, ses quartiers mal famés, ses bruits, ses couleurs, sa cruauté et son incomparable douceur de vivre.

Il lui restitue les bourrasques de mistral, ses odeurs, son accent, le portait de quelques-uns de ses habitants, les égarements de l’amour maternel, sa volubilité, la couleur de son langage.

Il le fait avec tendresse, avec gourmandise, truculence ; avec une sincérité brute qui tient le spectateur au bord de l’émotion.

Philippe Caubère est un merveilleux conteur, un interprète dont la souplesse est dans le geste, la façon de faire un tour sur lui-même pour être, l’instant d’après, un autre et ailleurs, mais aussi dans cette façon si familière de dire, de confier ou de clamer.

Il faut aller voir "Marsiho" pour le bonheur d’un moment de théâtre, pour la rencontre rare entre un texte et un acteur.

Pour assister à un spectacle d’une grande générosité.

Francis Dubois

Maison de la Poésie de Paris 157 rue Saint-Martin 75 003 Paris.

www.maisondelapoesieparis.com

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 44 54 53 00

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « Le paradoxe des jumeaux » de Jean-Louis Bauer et Elisabeth Bouchaud.
    Après la mort de Pierre Curie, Marie Curie va poursuivre seule et avec la même détermination ses recherches sur la radioactivité avant de faire des découvertes majeures sur le radium et le polonium.... Lire la suite (22 novembre)
  • « Price »
    Dans une petite ville américaine, où l’industrie décline tandis que la pollution et le chômage augmentent, Dany, qui vient de terminer le lycée, s’interroge sur son avenir, tout comme ses copains Larry... Lire la suite (22 novembre)
  • « Carnet de notes »
    Ils sont sept, quatre filles et trois garçons, sans oublier quelques instruments de musique, et l’on s’embarque avec eux pour un voyage dans l’école, de la primaire au lycée. Avec eux on est élève,... Lire la suite (21 novembre)
  • « Le soliloque de Grimm »
    Une tente quechua passablement déglinguée, un fauteuil défoncé d’où déborde le crin, une radio, un jerrycan, une vieille affiche de théâtre, une chaise percée pour SDF du vingt-et-unième siècle, une... Lire la suite (21 novembre)
  • « Ça va ? » de Jean-Claude Grumberg.
    Rien de plus anodin que la première question qu’on pose machinalement à la personne de sa connaissance qu’on croise : « ça va ? ». Une question qui à priori, ne porte pas à conséquence puisque le plus... Lire la suite (18 novembre)