Actualité théâtrale

Jusqu’au 6 juillet au Théâtre de la Ville, Espace Cardin

« Mary said what she said »

Robert Wilson a offert le trône de Marie Stuart à Isabelle Huppert, une comédienne avec laquelle il se sent beaucoup d’affinités car elle comprend ce qu’il veut faire sans avoir besoin de beaucoup d’explications. Darryl Pinckney, qui a déjà souvent travaillé pour Bob Wilson, a écrit ce long monologue, une sorte d’opéra baroque, où la veille de sa décapitation la Reine se souvient. Dans le château du Nord de l’Angleterre où sa cousine la retient prisonnière elle repense à sa vie, comme si elle organisait les pièces d’un puzzle : son couronnement comme reine d’Écosse alors qu’elle n’a qu’un an, son départ pour la France, car elle est promise au Dauphin. Elle se souvient de la France où on l’éduque et où elle apprend à danser avec Diane de Poitiers, de son mariage avec François qui comme elle n’a que quinze ans. Après la mort de François elle regagne l’Écosse, accompagnée de trois suivantes toutes prénommées Marie, épouse Henry Stuart, un catholique ce qui suscite l’opposition des protestants, a une liaison avec le Comte de Bothwell que l’on accuse d’avoir provoqué la mort d’Henry Stuart. Elle repense à son arrestation et à son emprisonnement en Écosse, à sa fuite en Angleterre où elle pense trouver un soutien. Mais la légitimité d’Elizabeth 1ère, sa cousine, n’est pas parfaitement assurée. Craignant que Marie ne la conteste, elle l’assigne à résidence pendant dix-huit ans avant de la faire condamner à la décapitation pour complot.

Théâtre : Mary said what she said

Dans une longue robe de style renaissance à manches gigot, la silhouette d’Isabelle Huppert se dessine comme une ombre chinoise fragile dans la lumière très blanche d’une double rangée de projecteurs posés au sol. Peu à peu la lumière éclaire la robe précieuse marron tissée de fils d’or. Une collerette de dentelle semble séparer le corps de la tête de l’actrice, entourant son cou fragile que le bourreau tranchera demain. En fond de scène un cyclorama ouvre sur toutes les nuances de gris, de rose, de bleus-gris, souvenirs des ciels d’Écosse. Les lumières accompagnent l’actrice, se posant sur ses cheveux auburn retenus en chignon. De l’ombre émerge peu à peu un visage très blanc où s’imposent sa bouche écarlate et ses yeux agrandis, des yeux qui regardent en face les choix du passé et la mort qui vient. D’abord immobile, elle se met en mouvement. Son bras s’écarte du corps, tranche l’air. Impulsée par la musique de Ludovico Einaudi, elle avance et recule suivant une diagonale sans jamais se retourner, fière et déterminée en dépit du sort qu’on lui a réservé, exilée de France puis d’Écosse, privée de l’assistance de ses dames d’honneur, les trois Mary, condamnée à avoir la tête tranchée sur un billot couvert de noir. La voix d’Isabelle Huppert se fait calme, douce et amoureuse, nerveuse et révoltée jusqu’à la stridence, désemparée ou exaltée, la bouche s’ouvre figée en grimace dans une lumière verdâtre, le débit devient parfois rapide jusqu’à la litanie précipitée. Comme Mary Stuart, elle est unique et marquera longtemps les esprits.

Micheline Rousselet

Du mardi au samedi à 20h, le dimanche à 16h, relâche les lundis

Théâtre de La Ville-Espace Cardin

1 avenue Gabriel, 75008 Paris

Réservations : 01 42 74 22 77

Tournée ensuite à Lisbonne, Barcelone, Amsterdam, Hambourg, Florence et Lyon du 30 octobre au 3 novembre

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