Actualité théâtrale

Jusqu’au 8 mars au Studio de la Comédie Française

« Massacre »

Deux femmes dans le salon d’un hôtel. L’une D est la propriétaire de l’hôtel qu’elle a décidé de fermer définitivement. L’autre H est l’unique cliente, que D voudrait bien convaincre de quitter les lieux pour un autre hôtel de la région. Mais H a réservé pour une semaine et ne souhaite pas quitter ce lieu où elle se sent bien. Chaque soir elles se retrouvent et leur dialogue s’attache aux mêmes rituels du quotidien, promenades de la journée, météo, penser à éteindre et à fermer à clé, jusqu’au jour où arrive un automobiliste qui dit avoir renversé un cerf sur la route et demande un fusil pour l’achever.

Théâtre : Massacre

C’est le premier texte monté en France de l’auteur catalane Lluïsa Cunillé, récompensée par de nombreux prix en Espagne et jouée aussi bien dans des pays de langue espagnole qu’aux États-Unis, au Canada, en Allemagne ou en Italie. Une atmosphère étrange et inquiétante se dégage du texte. Au travers des échanges très quotidiens des deux femmes, de leurs silences, apparaissent en filigrane des choses plus personnelles, D hésite à se séparer d’une affaire à laquelle l’attachent des liens familiaux forts, H s’adapte à la solitude après un divorce. Derrière la banalité des échanges semblent se cacher d’autres enjeux, des stratégies de domination ou d’évitement. Un équilibre paraît s’installer, que l’arrivée de l’automobiliste au milieu de la nuit fait voler en éclats avant que tout semble repartir en suivant le cours attendu.

La scénographie et la mise en scène de Tommy Milliot épousent complètement le côté énigmatique de la pièce. Le décor est totalement épuré presque abstrait, deux bancs de bois, une large fenêtre à l’arrière ouvrant sur le ciel, l’idée d’un hôtel et non sa réalité, un décor qui fait naître un sentiment d’enfermement. La lumière joue un grand rôle, apportant des nuées de couleurs du soir à travers la grande fenêtre, ou ouvrant sur la nuit. La lumière dans le salon varie avec le temps qu’il fait et avec l’heure du jour. La matière sonore, légère et inquiétante, accompagne la parole et les silences des acteurs tout entiers attachés à respecter le mystère de la pièce.

Sylvia Bergé et Clotilde de Bayser semblent entrer dans cette écriture avec tellement de naturel et s’accorder si parfaitement à sa musique qu’on se dirait presque qu’elle a été écrite pour elles. La fièvre qu’introduit l’arrivée de l’automobiliste (Nâzim Boudjenah) contraste avec le calme apparent de leur duo et fait monter d’un cran l’inquiétude du spectateur.

Qu’a-t-on vu ? Qu’est-ce qui se cache derrière le sens apparent ? Le spectateur sort du théâtre plein de doutes, son imagination s’emballe et c’est délicieux.

Micheline Rousselet

Studio-théâtre de la Comédie Française

Galerie du Carrousel du Louvre

99 rue de Rivoli, 75001 Paris

Réservations : 01 44 58 98 54

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