Actualité théâtrale

Théâtre de la Tempête, Cartoucherie de Vincennes jusqu’au 12 octobre 2014.

"Matin et soir" Texte de Jon Fosse Adaptation et mise en scène Jacques Lassalle.

Matin : 1900. Marta est sur le point d’accoucher. Elle est dans les douleurs pendant qu’Olaï, son jeune époux est dans les affres de l’attente. Heureusement, Anna, la sage-femme est une personne sereine et rassurante.

Lorsque l’enfant naît, c’est un solide garçon que ses parents nomment Johannes.

Soir : année 1980. Le vieil homme sur le point de sortir de son lit et qui essaie d’aligner les activités qui vont ponctuer sa journée, c’est Johannes.

Son épouse est décédée, ses nombreux enfants ont tous réussi dans la vie. Il lui arrive de monter dans sa barque et de renouer, pour sa propre consommation, avec la pêche, métier qu’il a pratiqué durant toute sa vie.

En sortant de chez lui, il rencontre Peter, son vieil ami qu’il croyait mort. Celui-ci lui propose une sortie en mer car il a promis du poisson à mademoiselle Pettersen, fidèle cliente, dont Johannes croit se souvenir qu’elle aussi, n’est plus de ce monde.

Il en est des textes de Jon Fosse comme de ceux de Marguerite Duras ou, dans une toute autre tonalité, de Jean-Luc Lagarce. Ils sont en apparence d’une grande fragilité dramatique et reposent sur des situations et sur des échanges de répliques minimalistes.

La responsabilité de la réussite d’un spectacle écrit pas ces auteurs revient à la mise en scène et à la façon dont les comédiens s’emparent de la musique de l’écriture.

Il n’est pas certain que la mise en scène délicate de Jacques Lassalle ou le jeu des pourtant irréprochables de Jean-Claude Frissung (Johannes) et Rodolfo De Souza (Peter) suffisent à rendre à l’univers de Jon Fosse, ce fond de mystère qui en fait toute la saveur.

Les légers glissements du texte vers le fantastique qui représentent la force de l’écriture, et déclenchent des discrètes articulations narratives, sont censés rejaillir sur les personnages et leur donner, à défaut d’irréalité, une sorte d’existence "aléatoire".

Les apparitions qui habitent la journée de l’ancien pêcheur, celle de Peter, l’ami de tout temps, celle de mademoiselle Pettersen sont-elles réelles ou jaillies de l’imaginaire ? La rencontre des deux vieillards avec deux jeunes filles en goguette est-elle réelle ou provient-elle de vieux souvenirs, de regrets, d’une ancienne frustration ?

L’univers de Jon Fosse repose sur la "voix de l’écriture", une voix des limbes entre vie et mort, ciel et enfer, veille et sommeil, rêve et réalité.

On peut reprocher à Jacques Lassalle de ne pas avoir pris de risque et de s’en être tenu à une mise en scène sage, laissant au seul texte, son pouvoir d’ambiguïté ; mais on peut lui être reconnaissant de ne pas avoir non plus trahi l’essentiel et de proposer au public un spectacle charmant et empreint d’une poésie bienvenue.

Francis Dubois

Théâtre de la Tempête Cartoucherie, Route du Champ-de-Manœuvre 75 012 Paris.

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative 01 43 28 36 36

www.la-tempete.fr

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