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Un film de Satish Manwar (Inde)

"Maudite pluie" Sortie en salles le 1er juin 2011

Kisha exploite, dans l’état rural de Chamsgarth, un lopin de terre où il cultive le coton pour faire vivre sa jeune femme, son fils et sa mère. Mais la récolte n’est jamais assurée. Elle est soumise aux intempéries et, quand la sècheresse ne grille pas la semence, c’est quelquefois les inondations qui provoquent le pourrissement des jeunes pousses.
En Inde, depuis 1997, 165 000 paysans se sont suicidés et 12 % d’entre eux auraient abandonné l’agriculture à la suite de mauvaises récoltes et de surendettement. Ce phénomène, devenu banal, au lieu de susciter des aménagements financiers, se contente de faire l’objet d’études et de rapports sur le sujet, au même titre qu’on constate la disparition de certaines espèces animales.
Or, en Inde on prédit que d’ici à 2020, de 23% de la population qui possèdent actuellement 76% des terres, on passera à 2%. Ceci en toute connaissance de cause, à la suite d’un plan à grande échelle qui forcera les paysans à quitter leurs terres pour faire place à l’industrie.
"Maudite pluie" s’ouvre sur le suicide d’un paysan, et le récit qui suit repose sur l’inquiétude, au sein d’une famille voisine, de voir le drame se reproduire.
La situation de la famille de Kisha est identique à celle de l’homme qui s’est pendu. Sècheresse occasionnant la perte du semis et obligation de s’endetter pour acheter une nouvelle semence dont on n’est pas assuré qu’elle donnera une récolte suffisante pour répondre aux frais et faire vivre la famille.
Alka, l’épouse de Kisha, aidée de sa belle mère et de son jeune garçon vont se relayer pour surveiller le fermier et rester en sa compagnie dans les moments difficiles qu’il va devoir traverser.
"Maudite pluie" raconte sans jamais s’apitoyer les angoisses de cette famille, l’observation des nuages qui donneront ou ne donneront pas une pluie tant attendue mais dont il faudrait aussi qu’elle ne soit pas destructrice. Ici, dans l’incertitude du lendemain et la pauvreté qui en résulte, chaque instant est un combat et celui qui a décidé de ne rien faire, de passer ses journées étendu sur un lit, arrive au bout du compte à peu près à égalité avec ceux qui triment.

© Damned Distribution

Le film appartient à ce nouveau cinéma qui essaie, en Inde, de trouver sa place au milieu des fameuses super productions Bollywood.
Dans un pays qui est le premier producteur mondial de films de cinéma et où les projections attirent des milliers de spectateurs dans les salles, on privilégie, pour des raisons commerciales, le genre le plus efficace, cette machinerie de rêves qu’est le cinéma indi couleur bonbon, agrémenté de longues séquences de chants et danses sirupeux, qui met sur la touche un cinéma indépendant à peine naissant.
Si la télévision nationale qui jadis jouait un rôle déterminant dans la diffusion des films régionaux a diminué de façon drastique ces programmes, les films indépendants indiens se voient également boudés, sans qu’on y voie d’explication, par les sélectionneurs de festivals.
Autant de raisons d’aller voir "Maudite pluie" qui est un film modeste, parfois maladroit mais qui s’efforce, à travers un récit sobre mais non démuni d’humour, de transmettre un message et d’alerter sur la situation des petits paysans.
Si la condition de la petite agriculture est au centre du sujet, le film aborde aussi, parfois de façon un peu trop discrète, d’autres sujets comme les conditions de l’enseignement dans ces provinces de la ruralité profonde.
Francis Dubois

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