Actualité théâtrale

Jusqu’au 12 janvier au Théâtre du Lucernaire

« Maupassant(es) »

Maupassant est un des écrivains français les plus connus et c’est à coup sûr celui dont les romans et nouvelles ont été les plus adaptés au cinéma et à la télévision. Sa vie aussi est bien connue : ses succès, son admiration pour Flaubert et son amitié avec Zola et Tourgueniev, sa mort à 43 ans, rendu fou par les sels de mercure qu’on lui administrait pour soigner sa syphilis.
Ce n’est pas une biographie théâtralisée qu’a choisi de monter Philippe Person, qui est aussi le directeur du Lucernaire, mais une exploration de l’écrivain à travers ses écrits. Philippe Honoré, qui avait déjà travaillé avec lui, entre autres, pour L’importance d’être Wilde a bâti une pièce enchaînant des textes de Maupassant, centrés surtout sur les femmes. Ce sont des textes où le pessimisme de Maupassant, sa misogynie, sa misanthropie aussi, éclatent. Il ne fait pas confiance aux hommes et encore moins aux femmes. Il cherche le plaisir avec elles, s’intéresse à leur conquête, mais sitôt conquises ne cherche qu’à s’en débarrasser. Son sentiment que les hommes restent étrangers les uns aux autres, sa méfiance à l’égard de la société, la solitude profonde de la fin de sa vie où il s’enfonce dans la folie, en font un homme fascinant.
Á l’image de sa vie, la première partie de la pièce est plus légère, encore que Ce cochon de Morin, sous des dehors comiques, soit plutôt une nouvelle grinçante et témoigne déjà d’un pessimisme noir sur l’espèce humaine. Des scènes comiques, La toux, par exemple, alternent avec des textes cyniques et d’une cruauté féroce sur les femmes (« Quand vous l’avez prise, c’était un plat encore appétissant, il n’y a plus que des restes ! ») et se termine par un autoportrait plein de férocité et de désespoir. Des paravents constituent le décor, peints à la façon Second Empire. Légers dans la première partie, où ils évoquent une atmosphère de bordel avec une femme aux jambes gainées de bas noirs conduisant en laisse un cochon, ils feront place dans la seconde partie à une image de mort. Les trois acteurs (Anne Priol, Emmanuel Barrouyer et Pascal Thoreau) passent avec aisance d’un registre à l’autre, de l’ironie cruelle au désespoir, des nouvelles aux réflexions plus personnelles. Tous trois sont excellents et font vivre Maupassant.
Micheline Rousselet

Du mardi au samedi à 20h, le dimanche à 15h
Théâtre du Lucernaire
53 rue Notre Dame des Champs, 75006 PARIS
Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 45 44 57 34

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « Magnetic »
    On l’avait quitté cet été au festival Teatro a Corte à Turin où il avait imaginé une promenade jonglée au Château de la Venaria Reale qui se terminait par un très subtil et léger jonglage avec un sac de... Lire la suite (15 février)
  • « J’ai rêvé la Révolution »
    Olympe de Gouges, révolutionnaire et femme de lettres, auteur de la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne meurt guillotinée en 1793. C’est en s’inspirant librement de sa vie et de sa... Lire la suite (15 février)
  • « Mademoiselle Julie »
    C’est la nuit de la Saint Jean, une nuit magique placée sous le signe de la fête et de l’amour. Mademoiselle Julie, la fille du comte vient de rompre ses fiançailles et a décidé de transgresser les... Lire la suite (15 février)
  • "Le cercle de Whitechapel" de Julien Lefebvre
    Conan Doyle, jeune médecin écossais , déjà auteur de “ Une Étude en rouge ”, Bram Stocker, administrateur du Lyceum Theatre, féru d’occultisme et pas encore auteur de Dracula, George Bernard Shaw,... Lire la suite (14 février)
  • « Constellations »
    Marianne est physicienne, Roland apiculteur. Ils se rencontrent lors d’un barbecue chez des amis. Ils vont s’aimer, se trahir, se séparer, se retrouver, apprendre à s’écouter, se marier et se trouver... Lire la suite (14 février)