Nouvelles internationales

Mauritanie, des collègues en lutte pour le respect de leurs droits

Le SNES-Mauritanie, dont les membres militaient dans le contexte d’une petite structure et d’un pays vaste et très pauvre, a su retrouver un nouveau souffle après son congrès de septembre 2017. Après cette date, et avec le soutien financier du SNES-FSU, il a intensifié les visites de terrain, redonné vie à des sections de collège et de lycée de province, enregistré un nombre croissant d’adhérents.

Des conditions de travail très difficiles

Mais les plates-formes revendicatives déposées au ministère de l’éducation nationale sont restées, pendant ce temps, lettre morte. Nos collègues mauritaniens exercent dans des conditions de travail qu’ils qualifient de « désastreuses » : « le traitement est très insuffisant : 270 euros mensuels en moyenne » ; Ils dénoncent la « faible formation initiale et la quasi absence de formation continue ». Dépourvus de commissions paritaires et de droit de regard des organisations syndicales sur leurs carrières, ils font face à des affectations et des promotions arbitraires.
En ce qui concerne les conditions matérielles des salles de classe, ils sont confrontés à un désengagement de l’État en matière d’investissements : les « salles de classes sont sales, souvent sans portes ni fenêtres, et parfois croulantes », il n’y a souvent « ni eau ni électricité », les « tableaux sont en ciment peint en noir délavé, craquelés, et la craie de mauvaise qualité, dure ». Enfin, bien souvent il n’y a pas de manuels scolaires et les effectifs par classe sont pléthoriques : jusqu’à plus de 80 élèves pour une seule classe !
Les conditions se dégradent particulièrement dans le sud et l’est du pays, menacés aujourd’hui par la famine, alors que dans la capitale, Nouakchott, le gouvernement ferme es écoles pour en céder les terrains à des promoteurs privés. Les taux de réussite au baccalauréat sont très faibles (de l’ordre de 10 %) car les élèves arrivent à l’examen très mal préparés. L’État consacre moins de 3 % du PIB à l’éducation qui est donc loin d’être une priorité.

Un syndicat dans l’action  

Essayant de construire un front syndical, le SNES-Mauritanie a initié une campagne d’actions, qui, dans un premier temps, n’a pas permis de créer un front syndical unique : un sit-in devant le bâtiment de la présidence de la République à Nouakchott le 12 juillet 2018 n’a pas été soutenu par les autres organisations syndicales, mais le succès du mouvement de grève du 18 février 2019 a entraîné l’adhésion de larges groupes d’enseignants du secondaire : « ce mouvement a également convaincu ces enseignants de l’importance d’engager de fortes luttes pour changer cette situation. C’est ainsi qu’a vu le jour un groupe de pression nommé « professeurs unis » qui a vite pris une envergure considérable, se faisant représenter dans la quasi-totalité des régions du pays. Ce groupe a créé des groupes Whatsapp et décidé d’appeler à observer toutes les grèves et actions engagées par tous les syndicats, appelant ces derniers à l’unité d’action. ». Le gouvernement refusant encore toute négociation, le SNES a engagé deux autres mouvements de grève, très suivis, les 16 avril et 2 mai. Le SIPES, un autre syndicat du secondaire, a alors rejoint le SNES dans le mouvement. Une coordination des acteurs de la lutte syndicale s’est créée, comprenant le SNES, le groupe « Professeurs unis » et le syndicat de l’enseignement technique (SYNAPET-FP).

Face à la répression 

Le gouvernement mauritanien, craignant que le mouvement ne gagne toute l’éducation a alors eu recours à l’intimidation : « suite à la grève du 2 mai, précisément les 3 et 4 mai, le directeur régional de l’éducation nationale et de la formation professionnelle de la wilaya de Nouakchott sud M. Mohamed Salek ould Taleb a signé des notes de service affectant trois membres du SNES des collèges de Riad 9 et Arafat 5 vers des écoles fondamentales. Les trois collègues étant des institutrices mises à la disposition de l’enseignement secondaire où elles sont chargées de cours. » racontent les responsables du SNES-Mauritanie. « Cela a amené le SNES à appeler à un débrayage dans tous les lycées et collèges de Mauritanie, débrayage qui a été observé le 7 mai accompagné d’un sit-in dans la cour du ministère de l’Éducation à Nouakchott. ». Le SNES syndique tous les enseignants du second degré, ce qui implique les instituteurs détachés dans le second degré, chargés de cours, depuis 2014. Auparavant le gouvernement utilisait ces enseignants non titulaires du second degré comme supplétifs aux collègues titulaires du second degré an cas de grève. Le mouvement de mai 2019 a montré l’unité et la solidarité de tous les enseignants du second degré.

Le gouvernement mauritanien a finalement accepté, devant l’ampleur du mouvement de protestation, de réintégrer les trois collègues dans leur collège de la capitale. Cette victoire syndicale ne met cependant pas fin à la lutte de nos collègues mauritaniens qui n’ont nullement obtenu satisfaction sur leurs revendications salariales et leurs demandes de construction et d’équipements d’écoles : « Aujourd’hui, les concertations pour la mise en place d’une coordination regroupant le SNES, le SIPES, le groupe « professeurs unis » et le SYNAPET-FP, vont bon train. Au SNES, nous œuvrons pour que cette coordination mène des luttes dans l’unité de ces différents acteurs à court terme et arrive à mobiliser suffisamment d’enseignants pour imposer la satisfaction de nos revendications. » déclare Sidi Boudide, le secrétaire général du SNES-Mauritanie.

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