Actualité théâtrale

Jusqu’au 15 juin à l’Essaïon

« Maya, une voix »

Maya Angelou est à peu près inconnue en France. Pourtant elle est très connue aux États-Unis. Elle fut d’abord chanteuse dans des comédies musicales avant de se consacrer à l’écriture. Sa vie l’a menée en Afrique du Sud auprès d’un compagnon de lutte de Nelson Mandela, puis auprès de Martin Luther King et de Malcolm X. Ses livres et ses poèmes sont très connus et c’est à elle que Bill Clinton demanda de lire un de ses poèmes pour son investiture.

Théâtre : Maya, une voix

Pourtant son enfance n’avait pas très bien démarré. Sa mère, chanteuse dans un cabaret miteux, l’a confiée, avec son frère, à leur grand-mère dans l’Arkansas. En 1935, elle a sept ans quand leur père vient les récupérer dans une belle voiture. Ils quittent alors la campagne pour la ville. Mais les choses ne se passent pas tout à fait comme prévu. Leur père n’a pas l’intention de s’encombrer d’eux et les confie à leur mère. Celle-ci est très occupée par son travail et c’est son compagnon qui s’occupe des enfants. Il est gentil, fait des mots croisés avec Maya, mais la viole. Au tribunal on la contraint à témoigner contre lui. Il est condamné et à l’occasion d’une sortie exceptionnelle est assassiné. Maya persuadée que ce sont ses mots qui ont provoqué la mort de cet homme cesse alors de parler. Comment cette petite fille mutique est-elle devenue cette voix célèbre ?

C’est cette période de l’enfance, celle où se forge une personnalité, qu’évoque la pièce. L’écriture est une création collective d’Eric Bouvron. aussi metteur en scène de la pièce, Julie De Laurenti, Tiffany Hofstetter, Sharon Mann et Elizabeth Wautlet qui sont aussi sur scène pour jouer et chanter.

La pièce se situe à la fin des années 30. Le racisme est à son apogée dans les états du Sud avec la violence du Ku Klux Klan et le racisme ordinaire qui fait que l’on cantonne les Noirs dans des emplois de domestique et qu’on les rebaptise au gré de la fantaisie des employeurs. Pourtant dans cet environnement hostile cette petite-fille, qui a trouvé refuge dans le silence, va faire une rencontre exceptionnelle qui va la conduire vers la lecture des grands auteurs et plus tard vers l’écriture.

Pour raconter son histoire, point n’est besoin de décor, l’imagination des spectateurs portée par le texte y pourvoit très bien. Quant aux costumes, quelques accessoires, des bretelles, un chapeau, un boa suffisent à faire naître les différents personnages. Les comédiens jouent de leur corps, et de leur voix pour évoquer un petit garçon, un homme hâbleur, une dame patronnesse, soucieuse du paraître mais aveuglée par son racisme et son inculture, ou même un train en marche !

Les comédiennes sont aussi de bonnes chanteuses. Ursuline Kairson, américaine qui s’est illustrée dans des revues aux États-Unis et en France et qui se consacre désormais au gospel, est Maya Angelou. Avec ses quatre partenaires, elles jouent la comédie, chantent, dansent sur des gospels, des chansons traditionnelles ou plus modernes, une création de Nina Forte. Les voix sont expressives, parfois déchirantes. Ainsi lors du voyage en voiture qui conduit les enfants hors de leur petite ville, on comprend qu’ils croisent des corps de Noirs pendus par le Ku Klux Klan par la voix d’Ursuline Kairson entonnant Strange fruit, la chanson rendue célèbre par Billie Holliday qui en parle.

L’histoire émouvante de la naissance d’une belle personnalité et d’une poétesse.

Micheline Rousselet

Les vendredis et samedis à 19h45

Essaïon

6 rue Pierre au Lard, 75004 Paris

Réservations : 01 42 78 46 42

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