Actualité théâtrale

à La Manufacture des Abbesses

"Mécanique instable" Á partir du 9 janvier

Après Chute d’une nation, spectacle salué par la critique en 2012, qui auscultait une campagne électorale et éclairait coups bas et conflits entre éthique et nécessités politiques, Yann Reuzeau s’intéresse cette fois au monde de la petite entreprise.

Stéphane, directeur d’une PME dynamique, décide de vendre pour se lancer dans une autre aventure. Ses employés paniquent puis décident de racheter l’entreprise en créant une SCOOP. Sur le plateau, le créatif, l’assistante de direction, le directeur commercial, la déléguée du personnel et l’aide-comptable vont débattre, chercher des solutions, s’affronter : entrer ou non dans la SCOOP, investir ou distribuer des bénéfices, comment accepter de licencier, que change une SCOOP dans les rapports de pouvoir ? On suit la vie de l’entreprise sur vingt ans avec ses soubresauts, ses espoirs et parfois ses désillusions. Le dosage entre réalité documentaire et fiction est réussi, même si c’est parfois un peu caricatural. Les personnages sont certes des archétypes, mais ils existent avec leurs désirs, leurs valeurs et leur histoire qui éclaire leurs choix.

Quand les spectateurs entrent dans la salle, les protagonistes sont déjà là, assis autour d’une table. Ils parlent entre eux à mi-voix de la machine à café qu’il faut réparer, du quotidien qui fait la vie des salariés dans leur entreprise. La pièce commence avec l’annonce du patron qu’il va vendre. Elle résonne comme un coup de tonnerre et la tension s’installe, chacun réagit en fonction de sa situation dans l’entreprise. De simples glissements des éléments légers du décor et un rapide passage par le noir marquent les trois temps de l’histoire : l’annonce de la vente, la peur de l’inconnu qu’elle fait naître et la décision de créer une SCOOP, puis les questions qui se posent aux associés dans sa gestion et enfin le temps des difficultés. Les acteurs se glissent avec bonheur dans la peau de leur personnage. Ils s’emportent, tentent de convaincre, lâchent prise ou s’entêtent, jouent le jeu du pouvoir ou révèlent leurs faiblesses.

C’est de notre monde qu’ils nous parlent, de la place du travail dans notre vie, des rapports qui se tissent dans l’entreprise et des décisions qu’il faut y prendre. C’est vivant, on ne s’ennuie jamais et on a envie d’entrer dans leurs débats. Le théâtre n’est-il pas là aussi pour nourrir la réflexion ?

Micheline Rousselet

Les jeudis, vendredis et samedis à 21h, le dimanche à 17h
La Manufacture des Abbesses
7 rue Véron, 75018 Paris
Réservations : 01 42 33 42 03
Se réclamer du Snes et de cet article : demande de partenariat Réduc’snes en cours.

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « La guerre des salamandres »
    C’est en 1935 que Karel Čapek, auteur tchèque à qui l’on attribue généralement l’invention du mot « robot », écrivait cette fable entre dénonciation et dystopie. Un vieux marin découvre dans les îles de la... Lire la suite (20 octobre)
  • « La machine de Turing »
    Le destin d’Alan Turing a tout pour émouvoir. Génial mathématicien, il réussit dès 1942 à casser le code secret Enigma, utilisé durant la guerre par l’Allemagne nazie pour ses transmissions. Il permet... Lire la suite (19 octobre)
  • « Le banquet »
    Après s’être attachée à mettre en scène le monde des bureaux dans Open space en 2014, la comédienne, danseuse, auteure et metteuse en scène Mathilda May s’attaque, au sens propre du terme, au banquet... Lire la suite (16 octobre)
  • « La nostalgie du futur »
    Un jour quelque chose a bouleversé Catherine Marnas, directrice du TnBA, le télescopage d’un documentaire vu à la télévision, montrant la richesse obscène et vulgaire des dirigeants d’une société... Lire la suite (15 octobre)
  • « De la démocratie »
    En 1835, dans De la démocratie en Amérique , un aristocrate normand livre un portrait sans complaisance de ce système politique qu’il a observé lors de son voyage en Amérique. Il admire cette... Lire la suite (14 octobre)