Actualité théâtrale

au Théâtre de la Tempête

"Médée" Jusqu’au 21 avril

Médée, la magicienne, l’étrangère qui a tout sacrifié pour l’amour de Jason, Médée abandonnée et qui bascule dans l’infanticide… le mythe de Médée a toujours fasciné. C’est l’épisode final de la légende que Corneille a choisi de traiter. Jason, tenté par une nouvelle conquête, celle de Créuse qui lui assurera le trône de Corinthe à la mort de son père Créon, abandonne Médée. Créon décide d’exiler Médée et lui demande de partir en abandonnant les deux enfants qu’elle a eus de Jason. Creuse lui demande d’abandonner sa robe, seul bien qui lui reste. C’est donc cette Médée que nous donne à voir Corneille, mère infanticide certes, mais aussi femme brisée par la trahison de celui pour qui elle a trahi son père, tué son frère, pour qui elle a accepté l’exil. Abandonnée par Jason, traitée avec cruauté par Créon et Creuse, humiliée, elle va, en utilisant ses pouvoirs magiques, se créer une identité en se détachant des humains, ce qui la mènera jusqu’à l’infanticide. Toutes les actions de Médée sont nécessaires à sa vengeance. Elle tue Creuse pour faire souffrir Jason, elle tue les enfants car ils ont pour père Jason, elle ne tue pas Jason car « il lui a trop coûté pour vouloir le détruire ».

Le metteur en scène Paulo Correia assisté de Gaële Boghossian a placé Médée dans un univers onirique où les costumes et les décors s’inspirent de l’heroic fantasy. Deux lieux se superposent, celui empreint de magie, où Médée dans une sublime robe noire et argent, se glisse sur un fond de vidéo où tournoient des gravures de Gustave Doré, déformant la réalité, créant de nouveaux espaces, et celui des humains où les personnages, vêtus de noir, se croisent, négocient, décident. En lieu et place des divers stratagèmes utilisés à l’époque de Corneille pour transcrire le merveilleux, il y a ici une utilisation magique de la vidéo. On est transporté dans le monde de la magicienne, on s’y perd, et lorsqu’elle calcule exprime ses hésitations et ses doutes, son humanité nous touche au cœur. Gaële Boghossian est une Médée magnifique, qui affronte un Jason (Fabrice Pierre) suffisamment calculateur et égoïste pour qu’on accepte mieux Médée, ce qui est en parfait accord avec ce que demandait Corneille et qui est projeté au début de la pièce : « Je vous donne Médée, toute méchante qu’elle est, et ne vous dirai rien pour sa justification. Je vous la donne pour telle que vous voudrez la prendre ». Tous les acteurs méritent d’être cités. Les alexandrins glissent avec musicalité, une bande-son discrète et judicieuse, les projections de squelettes dansants, de serpents enroulés, d’oiseaux aux cris menaçants, tout concourt à nous entraîner dans l’univers onirique où Médée affronte ses démons.

Cette mise en scène apparaît comme une aventure exceptionnelle, capable de réconcilier bien des adolescents (et pas seulement eux) avec le théâtre classique.

Micheline Rousselet

Du mardi au samedi à 20h, le dimanche à 16h.
Théâtre de la Tempête
Route du Champ-de-Manœuvre, 75012 Paris
Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 43 28 36 36
www.la-tempete.fr

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • Alain Paris chante les fables de La Fontaine
    Est-ce l’horaire ? Est-ce le lieu très excentré près des remparts de l’Oulle ? Il y avait peu de monde pour ce joli spectacle et c’est bien dommage. Alain Paris chante les fables de La Fontaine,... Lire la suite (17 juillet)
  • Beaucoup de bruit pour rien
    La modernité de cette pièce écrite en 1600 est saisissante. Elle est accentuée par la mise en scène intelligente de Salomé Villiers et Pierre Hélie. L’action est placée dans un cadre qui évoque tout... Lire la suite (8 juillet)
  • « Dévotion, dernière offrande aux dieux morts »
    Clément Bondu, écrivain, poète, musicien et metteur en scène en résidence aux Plateaux Sauvages signe le texte et la mise en scène de ce spectacle dont il nourrissait le projet depuis plusieurs années... Lire la suite (3 juillet)
  • « Comment ça va ? »
    Cette question appelle toujours ou presque la même réponse « Bien » ! Pourtant quand on est une comédienne qui vient d’avoir cinquante ans, qu’on a un mari informaticien au chômage et un fils adolescent... Lire la suite (26 juin)
  • « 107 ans »
    Simon a tout de suite aimé Lucie quand il l’a rencontrée dans la cour de récréation et qu’elle lui a parlé de Jane Austen. Simon, assis à une table devant une feuille de papier, se souvient de Lucie qui,... Lire la suite (26 juin)