Actualité théâtrale

Au Théâtre du Lierre

« Médée » Jusqu’au 2 mai

Médée est devenue le symbole de la passion amoureuse et des désordres qu’elle peut entraîner. Médée exilée à Corinthe avec Jason qu’elle a aidé à conquérir la Toison d’or et pour qui elle a tué son propre frère, se voit abandonnée par son amant qui va épouser la fille du Roi de Corinthe pour s’assurer une lignée royale et échapper, ainsi que ses enfants, à sa condition d’exilé. Outre la trahison, elle va à nouveau souffrir de l’exil, car Créon, roi de Corinthe, se méfie de ses talents de magicienne. Désespérée, Médée va mettre au point une vengeance terrible qui détruira Jason en le mettant face à la mort de tous ceux qu’il aime. Médée nous renvoie aux excès de la passion amoureuse, à la haine et à la soif de vengeance de celui qui, trahi, ne recule ni devant le meurtre ni devant l’infanticide.
La démesure de Médée révèle les abîmes de l’âme humaine et la folie à laquelle conduit sa passion. Mais Médée nous interroge aussi sur la faiblesse des femmes. Elle n’est pas victime que de sa passion. Les choix des hommes et leur pouvoir la conduisent à la solitude, au déshonneur et à l’exil, et c’est de tout cela qu’elle se venge.
En choisissant de mettre en scène la « Médée » d’Euripide, Farid Paya s’intéresse aux caractéristiques de la tragédie grecque. Celle-ci ne se limite pas à donner la parole aux héros tragiques, elle utilise aussi le chant et la danse. Ici, les interventions du Chœur et du Coryphée, qui face à la démesure du héros, représente la sagesse et la Raison, sont entièrement chantées, les plaintes de Médée et de la nourrice aussi.
Farid Paya a toujours accordé dans ses mises en scène une grande place à la voix et à la musique, et la musique de Bill Mahder est ici admirablement servie par les actrices chanteuses. Anne de Broca, qui a travaillé avec Giovanna Marini est une Médée qui suscite horreur et compassion. Antonia Bosco dans le rôle de la nourrice et Anne-Laure Poulain dans celui du Coryphée méritent aussi d’être citées.
Si le décor est très dépouillé, les costumes sont très soignés. Tandis que le chœur porte des demi-masques ornés de longues crinières dans des tons de beige, les personnages portent de longues robes-manteaux très colorées, ce qui accentue le contraste entre les épisodes de la tragédie et les interventions du chœur.
C’est donc à une vision très inspirée de la tragédie grecque que nous convie cette belle mise en scène de « Médée ».
Micheline Rousselet

Jusqu’au 2 mai
Mercredi et samedi à 20h30, jeudi et vendredi à 19h30, dimanche à 15h.

Théâtre du Lierre
22 rue du Chevaleret, 75013 Paris
Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur
réservation impérative) : 01 45 86 55 83
www.letheatredulierre.com

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