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Un film de Jonas Carpignano (Italie / France / USA / Allemagne / Qatar)

"Mediterranea" Sortie en salles de 2 septembre 2015.

Ayiva a quitté le Burkina Faso. La route vers l’Italie le fait passer par l’Algérie, le Mali et la Lybie. Un rafiot va les amener à destination, non sans les avoir confrontés pendant la traversée du désert, à une embuscade meurtrière au cours de laquelle ils sont dépouillés de leur argent et à une panne de moteur qui les laissera en attente jusqu’à ce qu’un bateau de gardes côtes ne vienne les secourir.

Ayiva, personnage jovial et optimiste se retrouve à Rosarno, une petite ville du Sud de l’Italie où l’hostilité aux migrants prend largement le pas sur les élans de solidarité.

Si sa nouvelle vie s’avère difficile, le jeune homme qui se livre à des travaux saisonniers ne désespère pas de finir par obtenir un jour un contrat de travail et peut-être une carte de séjour.

Les difficultés qu’il traverse le gardent déterminé. Ici, sa vie sera toujours meilleure, quel qu’en soit le prix.

L’histoire que raconte le film de Jonas Carpignano est en phase directe avec l’actualité et les événements qui surviennent dans les eaux de la Méditerranée au large des côtes italiennes et que relaient de plus en plus les médias.

Né d’une mère afro-américaine et d’un père italien, le réalisateur s’est toujours intéressé aux relations entre les différentes ethnies et plus particulièrement aux rôles qu’ont joué les noirs dans la société italienne.

Lorsque les premières émeutes raciales ont éclaté à Rosarno en 2010, le cinéaste s’est rendu en Calabre pour lieux connaître les circonstances qui avaient conduit à cette révolte, à ces événements qui ont une portée historique car, pour la première fois, la question des relations raciales était soulevée en Italie.

Des témoignages recueillis auprès de migrants et sa rencontre avec Koudous Seihon (qui joue le rôle d’Ayiva dans le film) qui lui a permis d’accéder à ce monde difficile à pénétrer ont fourni la première matière pour l’écriture du scénario d’un long métrage.

Si le film passe assez vite sur les péripéties dramatiques du voyage depuis le Burkina Faso jusqu’au Sud de l’Italie, il développe avec précision et sans pathos les conditions de vie en Europe, de ces hommes et femmes qui n’ont eu d’autre choix que de fuir les horreurs que connaissent leurs pays.

Il montre les campements improvisés dont les migrants sont délogés le plus souvent après destruction de leurs maigres biens, les solutions de repli, la perte de repères, l’isolement, la solitude, les difficultés à trouver un travail qui leur permettent de survivre et, dans le meilleur des cas, d’envoyer de l’argent à leurs familles.

Cinéma : Mediterranea

Peut-être parce qu’Ayiva est un garçon plein d’énergie et de courage, qu’il force la sympathie par sa personnalité joviale et son charisme, " Mediterranea " même s’il y a recours, échappe aux poncifs liés au sujet et à tout constat misérabiliste.

Jonas Carpignano dresse un "état des lieux" et rappelle qu’au XXème siècle, les italiens ont quitté la Sicile et la Calabre dans l’espoir de vies meilleures en Amérique. Et même si la différence est grande entre les migrants de l’Italie du Sud à l’époque (cette immigration était contrôlée et réglementée) et l’actuelle vague migratoire africaine vers l’Italie, les deux ont en commun les raisons économiques..

"Méditerranée" parvient à garder de bout en bout le bon équilibre entre documentaire et fiction et à éviter de tomber dans le piège du manichéisme. Ses qualités, dont la sobriété du traitement, lui procurent une réelle valeur de témoignage objectif.

Francis Dubois

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