Actualité cinématographique - avant-premières, festivals...

Un film de Phan Dang Di (Vietnam-France-Allemagne- Pays-bas)

"Mékong stories" Sortie le 20 avril 2016.

Wu est passionné de photographie. Il se voit offrir un appareil performant par son père pour perfectionner sa technique mais les papiers de tirage de mauvaise qualité sont encore ceux qui provenaient de l’ancienne Allemagne de l’Est.
Thang vit de petits trafics et Van qui se produit dans les cabarets récemment ouverts, rêve de chorégraphies élaborées et d’une vraie carrière de danseuse.
Cinéma : mekong stories
Le film a pour cadre la ville de Saïgon au début des années 2000, quelques années après que le président américain Bill Clinton ait levé l’embargo contre le Vietnam.
Le pays qui a été longtemps tenu à l’écart du monde découvre les nombreuses opportunités qui s’offrent à lui.
Tout le monde veut en profiter et devenir riche sans craindre la prison comme c’était le cas par le passé. Des étrangers, taïwanais, japonais, coréens sont venus ouvrir de nouvelles usines, créer des entreprises qui recrutent une main d’œuvre vietnamienne venue de la campagne.

Dans "Mékong stories", ils sont un groupe de jeunes gens dilettantes, oisifs, confrontés aux tentations qu’offre une société de consommation en train de naître.
Ils sont attirés par les bars et les discothèques qui commencent à ouvrir. Ils consomment beaucoup d’alcool et découvrent les phénomènes de mode.
La soif de réussir et de gagner de l’argent les amène à brûler les étapes et à se mettre en porte à faux par rapport à ceux qui vont tirer profit de leur naïveté.
Le petit groupe va devoir s’exiler pendant un temps pour fuir de redoutables créanciers et trouver refuge au cœur de la forêt de mangroves de Gan Gio, un vrai labyrinthe végétal dont les soldats vietminh avaient fait leur cachette pendant la guerre.

Même si les personnages vivent dans la réalité d’un quotidien hésitant, si les ambiances du récit sont en prise avec la réalité, le film de Phan Dang Di ne suit jamais un tracé linéaire.
Des ruptures dans le déroulement des faits, des digressions, des changements d’ambiance laissent sans cesse en plan des situations qu’on retrouve plus tard en décalage, et qui laissent une impression de constant tâtonnement narratif.
Les personnages charismatiques du début peuvent se fragiliser et du rôle de chef, passer à celui de victime. Mais tous, au fur et à mesure de l’avancée du récit, grandissent, évoluent, souffrent et aiment ensemble, à l’intérieur du groupe soudé qu’ils constituent.
Des figures symboliques renvoient à la nature et aux éléments.
Dans le film précédent de Phan Dang Di, "Bi, n’aie pas peur" il s’agissait de la glace, dans "Mékong stories" l’élément récurrent est la boue.
Or ici, l’utilisation de la boue ne correspond pas à un symbole mais elle est en prise avec la vie vietnamienne puisque la culture du riz se fait dans les marécages.
Dans le film, la boue peut aussi bien être utilisée comme méthode de cuisson du poisson que servir aux soins du corps.
Elle peut devenir un élément dans lequel les personnages se vautrent pour renforcer le plaisir de l’accouplement, un danger, prendre un caractère ludique, être liée à la fécondité et à la procréation.

Comme souvent, dans les films asiatiques, les codes manquent pour interpréter certaines séquences et "Mékong stories" laisse parfois le spectateur occidental que nous sommes "sur le bord de la route".
Mais qu’importe si la vision du film demande une plus grande concentration, un effort d’imagination pour combler les moments qui échappent à notre capacité de compréhension.
Le cinéma de Phan Dang Di déborde de vitalité, d’inventivité et les décors magnifiques nous transportent dans des endroits tellement beaux ! Et cela sans céder à la moindre recherche d’esthétisme.

Francis Dubois

Autres articles de la rubrique Actualité cinématographique - avant-premières, festivals...

  • « L’Adieu à la nuit »
    Muriel est une grand mère comblée le jour où elle apprend que son petit fils de vingt ans va venir passer quelques jours avec elle avant son départ pour le Canada. Mais très vite, intriguée par son... Lire la suite (20 avril)
  • « La camarista »
    Evelina est femme de chambre dans un luxueux hôtel de Mexico. Malgré son maigre salaire, elle a dû trouver une personne pour garder sa petite fille pendant ses heures de travail. Dans la perspective... Lire la suite (15 avril)
  • « El Reino »
    Manuel Lopez-Vidal est un homme politique en pleine ascension. Il était jusque là surtout influent dans sa région mais il s’apprête à prendre la direction nationale de son parti. C’est à ce stade de... Lire la suite (15 avril)
  • « L’époque »
    Du Paris de l’après-Charlie jusqu’aux élections présidentielles de 2017, un arrêt sur image au plus près d’une jeunesse poussée au dilettantisme qui se reconnaît dans ses errances de nuit et qui, guidée... Lire la suite (14 avril)
  • « Seule à mon mariage »
    Pamela, jeune Rom vive, spontanée, parfois insolente, vit très pauvrement avec son aïeule et sa petite fille, dans un petit village de Roumanie. Se démarquant des autres filles de sa communauté, elle... Lire la suite (14 avril)