Actualité théâtrale

Au T2G Centre Dramatique National de création contemporaine, partenaire Réduc’Snes, jusqu’au 6 avril 2013

"Mémento Mori" Conception Pascal Rambert / Yves Godin

Dans le paysage théâtral, il y aurait, pour schématiser, à une extrémité un plateau occupé par un décor fait de table, chaise et divan, velours, tentures où des comédiens évolueraient en livrant drame, comédie ou vaudeville, et en donnant à entendre au public dialogues et monologue.

Il y aurait, à mi-chemin, dans un décor décalé, des comédiens porteurs de messages. Le propos échapperait au linéaire et passerait par un chemin hors des sentiers battus, par des audaces qui bousculerait l’ordre établi de la narration.

Mais il y aurait, à l’autre bout du paysage, un théâtre qui renierait tous les codes, ferait table rase de tous les éléments habituels, texte, lumière, jeu du comédien.

Et c’est là, à cette extrémité-là que se tiendraient Pascal Rambert et Yves Godin, deux Pierrots lunaires, deux chercheurs d’or, ou créateurs inspirés que leurs élans créatifs tiennent au-dessus de la mêlée avec peut-être, tout simplement, quelques années d’avance sur leur temps.

Les dix premières minutes de "Memento Mori" se passent dans un noir total, dans un silence absolu.

Puis apparaissent des formes mouvantes, peut-être des corps, dans une lueur à peine perceptible.

Ce sont bien des corps. Ils se déplacent dans une sorte d’irréalité.

On les distingue à peine dans un halo brumeux. Il se peut que répartis en différents points du plateau, ils se regroupent.

Dans un peu plus de lumière, on les retrouve au centre de la scène piétinant peut-être des épaisseurs de papier, ce qui pourrait expliquer le crissement qu’on entend.

Puis la lumière grandit. Les corps sont nus et ce qu’on avait pris pour du papier, ce sont des fruits et des légumes, bananes tomates, grappes de raisin.

Une étrange composition de couleur où les corps étendus à plat ventre se meuvent péniblement jusqu’à ce que la lumière les saisisse et les fige dans un noir et blanc superbe. Image magique, peut-être celle qu’on aimerait garder en mémoire comme la seule à retenir d’entre toutes celles qu’on a vues, depuis qu’on fréquente les théâtres.

La couleur survient. Les quatre performeurs se lèvent, s’inclinent deux ou trois fois face au public et disparaissent derrière un rideau noir.

"Memento Mori" se vit sans doute de façon très différente d’un spectateur à l’autre. Une des possibilités est que c’est la magnifique exploration d’un terrain vierge. Une sorte de mystérieux génie qui sortirait d’une boite magique et qu’on ne serait pas très sûr d’avoir vu..

Magnifique.

Francis Dubois

T2G Théâtre de Gennevilliers Centre Dramatique National de Création Contemporaine.

41 avenue des Grésillions 92 230 Gennevilliers

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) 01 41 32 26 26

Accueil 2018-2019

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « Mademoiselle Molière »
    C’est dans l’intimité d’un couple célèbre, Molière et Madeleine Béjart que nous invite le dramaturge Gérard Savoisien. On est en 1661, le succès de Molière a été reconnu par le Roi et il est invité à jouer... Lire la suite (11 septembre)
  • « Et si on ne se mentait plus »
    C’est chez Lucien Guitry, au 26 place Vendôme, que se rencontraient, au tournant du XXème siècle pour déjeuner tous les jeudis, ceux qu’Alphonse Allais avait baptisés « les mousquetaires » et qui... Lire la suite (10 septembre)
  • « Pour le meilleur et pour le dire »
    Imaginons une femme hypersensible qui sort d’une histoire d’amour ratée avec un pervers narcissique et qui rencontre un homme vulnérable, amoureux fou d’elle mais qui n’arrive pas à lui confier ses... Lire la suite (6 septembre)
  • « Asphalt jungle »
    Deux hommes désœuvrés sortent de scène à tour de rôle pour frapper quelqu’un. On ne voit pas la victime, on entend juste les coups et les gémissements. Ils demandent ensuite au troisième, un de leurs... Lire la suite (4 septembre)
  • « Tendresse à quai »
    Une jeune femme en tenue de cadre est assise à une table sur un quai de gare. Elle lit un recueil de poèmes de Mallarmé. Un homme arrive et s’assied à une table voisine, l’observe, se dit qu’il a le... Lire la suite (3 septembre)