Actualité théâtrale

Jusqu’au 8 novembre au Poche-Montparnasse

« Mémoires d’un fou »

Flaubert n’avait que 17 ans quand il écrivit ces mémoires d’un fou . Écrit comme si l’auteur était un homme mûr se penchant sur son passé, il y parle de ses années de collège où il souffre des railleries de ses camarades et des phrases assassines des pédagogues qui visent à le ridiculiser. Il y évoque ses premiers émois amoureux pour Maria, une femme mariée de dix ans son aînée, dont il fera la Madame Arnoux de L’éducation sentimentale . Jeune homme il rêve de voyages, d’Orient et de gloire. Il écrit et se désespère de ne pas arriver à dire ce qu’il vit, ce qu’il pense. « Je voudrais le beau et le sublime et je ne trouve que le doute… Le doute, c’est la mort ».

Théâtre : Mémoires d'un fou
La scénographie fait la part belle à l’obsession d’écrire qui habite Flaubert, dès son plus jeune âge : scène envahie jusqu’aux cintres par des feuillets que l’on imagine couverts de l’écriture serrée de l’auteur, lettres lumineuses qui semblent couler comme un torrent. Seuls quelques éclairages, rouges lorsqu’on entre dans l’univers des cauchemars ou bleus lorsque le jeune homme parle de sa promenade en barque avec Maria et son mari, renvoient à l’histoire de sa vie. Dans ce capharnaüm de papier, William Mesguisch est habité par son personnage. Il a la rage et le désespoir de celui qui dit se ranger dans la catégorie des fous plutôt que dans celle des sots, ces pédagogues étriqués et ses condisciples ricaneurs et cruels. Fébrile, il écrit avec passion, enrage de ne pas arriver à dire ce qu’il vit et ce qu’il pense, froisse les pages, les jette, recommence. On partage son émerveillement devant le corps entrevu des femmes, sa folie, sa passion, ses doutes quand il dit « Je suis un grand homme manqué, je ne serai qu’un écrivailleur ». William Mesguisch fait vivre un Flaubert qui, tout jeune encore, passe de l’exaltation au doute, de la confiance dans son génie - « Ma vie, c’est ma pensée » - au désespoir. Merci à William Mesguisch d’avoir fait vivre avec tant de passion ce Flaubert qui n’est pas encore Flaubert.

Micheline Rousselet

Du mardi au samedi à 19h, le dimanche à 17h30

Théâtre de Poche Montparnasse

75 boulevard du Montparnasse, 75006 Paris

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 45 44 50 60 67

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • Les Molières le 23 juin
    La cérémonie des Molières est maintenue, dans le respect des règles sanitaires, et sera diffusée en prime time le 23 juin sur France 2. Elle rappelle, en ces temps où l’avenir est encore incertain et... Lire la suite (25 mai)
  • La Comédie-Française lance La Comédie continue !
    COMMUNIQUÉ DE PRESSE > vendredi 27 mars 2020 > La Comédie continue ! > Tel est le nom de la première chaîne en ligne de la Comédie-Française. > À partir du lundi 30 mars 2020 à 16h, plusieurs levers... Lire la suite (31 mars)
  • « Sois un homme »
    Qu’est-ce qu’être une femme ? La question a beaucoup interrogé écrivain.e.s et philosophes depuis déjà un certain temps. Mais s’agissant des hommes, elle apparaît plus originale tant des siècles de... Lire la suite (17 mars)
  • « Illusions perdues »
    Après ses brillantes adaptations d’Homère ( Iliade puis Odyssée ) et de Chanson douce de Leïla Slimani, Pauline Bayle s’est lancé dans l’adaptation du roman de Balzac. C’est au fonctionnement du... Lire la suite (17 mars)
  • « L’éveil du printemps »
    La pièce de Franck Wedekind fit scandale a son époque (1890) et fut interdite de longues années pour pornographie. Elle offrait un regard osé sur la jeunesse, défendait le désir adolescent et pointait... Lire la suite (16 mars)