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Un film de Mikhaël Hers (France)

"Memory Lane" Sortie en salles le 24 novembre

Ils sont six, trois garçons, trois filles qui se connaissent pour certains depuis la petite enfance. Il sont restés liés, se rencontrent à l’occasion, éprouvent parfois la nécessité de se retrouver pour une ballade, une déambulation dans les bois et réinventer le charme et la chaleur intacts de leurs relations d’autrefois.

Cette fois-ci, en plein été, le hasard les a réunis à nouveau au moment où chacun, rattrapé par les exigences de la vie, se trouve confronté à des épreuves douloureuses ou à des choix qui engagent l’avenir.
Ils ont entre vingt cinq et trente ans et pressentent, sans qu’ils y soient tous prêts, qu’un cap sera à passer bientôt. Céline, enseignante débutante est en attente de son affectation pour la rentrée et Muriel sa cadette n’a pas encore fixé ses choix. Pour l’instant l’une et l’autre sont sous le choc : elles viennent d’apprendre que leur père atteint d’un cancer, n’a peut-être plus que quelques mois à vivre. Thomas, lui aussi bien indécis quant à son avenir, se partage entre un travail d’été chez un disquaire et les répétitions de son groupe dont Christelle, une bibliothécaire et Florent, un dilettante complètent l’effectif. Quant à Raphaël, il est à la dérive et traverse une grave crise existentielle.
Le cinéma français se penche depuis quelques temps déjà sur les difficultés et hésitations d’une jeunesse promise à un avenir incertain, chaotique et dont les tâtonnements sont le signe lisible d’une angoisse profonde. Souvent diplômés, ils en sont réduits, à l’approche de la trentaine, à accepter des emplois en deça de leurs capacités, souvent précaires et sont en attente d’opportunités qui les amèneraient à faire un choix correspondant à leurs aspirations.
Leurs hésitations n’atteignent pas seulement leur vie professionnelle. Elles rendent incertain l’engagement sentimental et conduisent les plus vulnérables à la drogue ou a des activités annexes qui font illusion et permettent de gagner du temps sans avoir trop mauvaise conscience.
Mickaël Hers a l’âge de ses personnages et ils s’est entouré de jeunes comédiens qui étaient dans ses précédentes réalisations et les liens qui unissent les protagonistes du film se doublent sans doute des liens qui existent entre de jeunes artistes issus du Conservatoire ou de formations voisines et qui se sont constitués en "famille" professionnelle.
Mickaël aime à l’évidence ses personnages et cette tendresse palpable qu’il leur porte est peut-être la faiblesse du film quand elle débouche sur une sorte d’angélisme qui finit par adoucir jusqu’à la cruauté des situations. Il eut sans doute fallu insister plus sur la fragilité des liens entre les personnages, sur la précarité des sentiments qui les unissent et qui ne sont fondés que sur la peur chez chacun de rompre avec cet adolescence qui les maintient artificiellement dans un confort qui va bientôt disparaître.
"Mémory Lane" est un film un peu trop charmant pour témoigner de la cruauté de la vie.
Francis Dubois

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