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Un film de Cristina Pinheiro (France)

« Menina » Sortie en salles le 20 décembre 2017.

Luisa est une fillette d’une douzaine d’années née en France de parents portugais et qui a du mal à trouver son identité.

Elle est d’une étonnante maturité. Elle porte un regard incisif sur le monde qui l’entoure et qu’elle voit à travers le prisme de sa double appartenance culturelle.

Luisa a (ou se donne) des responsabilités trop lourdes pour ses épaules d’enfant : surveiller un père qui a tendance à boire et qui peut se comporter de façon violente, recueillir ses confidences et jusqu’à celle de sa mort annoncée, aider sa mère dans la vie courante et dans ses démarches administratives.

Elle se revendique farouchement française, corrige ses parents quand ils font des fautes de français, reprend son frère quand elle l’entend vouvoyer ses parents comme c’est l’usage au Portugal et va jusqu’à traiter sa voisine de « sale portos ».

Cinéma : Menina

L’univers de la fillette est encombré de beaucoup de difficultés et l’une de ses préoccupations récurrentes reste les disputes de ses parents. Les débordements violents de son père qui plongent sa mère dans une situation de faiblesse même si celle-ci a une forte personnalité et si, en dépit des accidents de parcours du couple, elle tente de maintenir son foyer la tête hors de l’eau.

Le film de Cristina Pinheiro à donné l’essentiel de son sujet dès les premières séquences. La maladie du père s’annonce très vite et révèle bientôt le bouclage du récit.

La fillette défend bec et ongles son appartenance culturelle et montre une personnalité très marquée pour son âge.

La mère est une femme courageuse, rigoureuse, soucieuse de la bonne marche des choses et des apparences

Le film ne fonctionne plus que sur ces données et même si tous les « mouvements » de cette famille sonnent juste, on a très vite accédé dans le récit à une vitesse de croisière où persiste le parfait tracé caractéristique des personnages de la mère et de la fillette.

Ces deux personnages minutieusement écrits permettent au film de garder le cap.

La jeune comédienne qui interprète Luisa est remarquable. Elle rend tout à la fois la fragilité, la vulnérabilité de l’enfance et cette force qu’elle exprime jusque dans les silences et qui dans les moments difficiles amènent le personnage jusqu’à un comportement d’une impressionnante maturité.

L’interprète du rôle de la mère, en nuances à l’intérieur d’un périmètre de jeu limité, fait merveille. Elle est à la fois cette femme en bute aux difficultés face à des dysfonctionnements conjugaux et l’image de la femme universelle, battante et vulnérable.

Le personnage du père est plus attendu et n’offre que peu de variations même si, en sous main de l’interprétation, on sent les ravages psychologiques de la maladie.

On n’est pas prêt d’oublier le visage buté de Luisa qui, lorsqu’elle ne sait plus faire face aux bruits du monde qui l’entoure, se fait sourde de ses deux mains et les yeux fermés...

Francis Dubois

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