Actualité théâtrale

Théâtre de la Bastille, partenaire Réduc’Snes, jusqu’au 30 juin 2013

"Mes jambes si vous saviez quelle fumée !" adaptation Bruno Geslin et Pierre Maillet Mise en scène Bruno Geslin.

Ils apparaissent, lui et son comparse en costume de ville classique, juchés sur des talons aiguilles. Deux ou trois pas de tango, un premier éclat de rire de Pierre Molinier, la pointe d’accent et le ton du spectacle est donné.

Le spectacle est conçu à partir d’entretiens de Pierre Chaveau avec Pierre Molinier réalisés en 1972.

Le photographe (1900-1974), proche des surréalistes, avait une façon bien particulière de parler de lui. Il allait droit au but dans ses révélations les plus intimes mais qui, noyées derrière l’accent méridional et une bonhomie à tout crin, quoique crues et livrées de façon frontale, n’étaient jamais vulgaires.

Créature de ses propres fantasmes, armé de godemichés, les jambes gaînées de bas couture, portant voilette ou masque, son imagination engendre d’autres créatures inquiétantes et inconnues, monstres "multijambistes", livrant des combats archaïques avec leur propre chair, leurs propres membres, photographiées, réorganisées, recomposées.

Pierre Molinier fait état de plusieurs aspects de sa vie sexuelle, du plaisir sans cesse renouvelé, réinventé qu’il prend avec son propre corps.

Masochiste, il l’est, le dit et l’assume. L’extrémité de ses seins est une région de son corps particulièrement sensible mais il aime aussi les morsures, la sodomie brutale, les pénétrations douloureuses.

Si Pierre Molinier est un provocateur, il l’est par jeu, par gourmandise. Il l’est comme on cherche jusqu’où aller trop loin mais il ne l’est pas pour choquer.

Il y a ses monologues crus et espiègles, les intermèdes dansés, les jeux de lumières,les jeux avec la pénombre.

Pierre Molinier est obsessionnel, sulfureux, colérique, déterminé et quoiqu’il en soit, c’est un insoumis.

Sa plus belle parade est son rire, un rire qui entérine ses propos mais un rire qui, peut-être questionne plus qu’il n’y paraît et rechercher l’approbation.

Il y a, par les temps qui courent, des spectateurs qui pourraient s’offusquer…

Les autres riront de bon cœur.

Francis Dubois

Théâtre de La Bastille 76 rue de La Roquette 75 011 Paris

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative : 01 43 57 42 14

www.theatre-bastille.com

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « Dans les forêts de Sibérie »
    Après avoir voyagé à vélo autour du monde, puis marché à travers l’Himalaya, chevauché dans les steppes d’Asie Centrale, l’écrivain voyageur Sylvain Tesson s’est décidé à choisir l’immobilité en... Lire la suite (16 octobre)
  • « Jungle book »
    Tout enfant s’est un jour entendu raconter l’histoire de Mowgli, ce petit d’homme adopté par un couple de loups, dont Rudyard Kipling a fait une ode à la tolérance. Dans la jungle Akela, le père loup,... Lire la suite (15 octobre)
  • « Sabordage »
    O Après Blockbuster, où elle dénonçait les effets de la cupidité globalisée, portée par un système ultralibéral faisant passer le profit avant toute autre considération, l’inventive troupe liégeoise Le... Lire la suite (13 octobre)
  • Des reprises à signaler
    Voici 3 spectacles que nous avons chroniqués et qui sont repris cette automne. Pour ceux qui les auraient loupés ou qui voudraient les revoir ! « Jeanne Plante est chafouin » les lundis à 20h30... Lire la suite (12 octobre)
  • « Les causeries d’Emma la Clown »
    Il y a maintenant vingt ans que Meriem Menant a crée son personnage d’Emma la clown avec sa chemise de flic bleu clair et sa cravate, sa jupe plissée qui pendouille et ses chaussettes qui godillent,... Lire la suite (11 octobre)