Actualité cinématographique - avant-premières, festivals...

Un film de Jacques Doillon (France)

"Mes séances de lutte" Sortie en salles le 6 novembre 2013.

De retour dans l’habitation familiale à l’occasion de la mort de son père, une jeune femme rend visite à un homme avec qui, quelques mois auparavant, elle aurait pu avoir une relation amoureuse.

Ayant pris conscience du peu d’amour que lui portait son géniteur, elle se rapproche de l’homme. Mais au lieu de l’étreinte attendue, elle engage avec lui une lutte physique ; d’abord comme un jeu d’enfants puis avec de plus en plus de virulence.

A chacune de ses visites, un nouveau combat les oppose. Ce seront leurs "séances de lutte".

Dans un premier temps, la jeune femme qui a lancé le rituel, trouve dans l’acharnement à battre son partenaire, le moyen de détruire l’image du père.

Lorsque, dans un second temps, elle sera délestée de ce poids, elle pourra envisager ces moments d’opposition comme un acte de résistance, face à l’attirance amoureuse qui se précise.

Ils poursuivront les séances jusqu’à ce qu’ils en arrivent à accepter les sentiments qu’ils éprouvent l’un pour l’autre.

L’idée du film est venue à Jacques Doillon face à une reproduction de la "Lutte d’amour" de Cézanne, un tableau sur lequel on peut voir quatre couples qui bataillent nus et en plein air.

La lutte physique comme un jeu est un exercice ambigu qui peut recouvrir infiniment de significations : une attirance refoulée, un exercice de défoulement, le plaisir du contact hors de l’étreinte.

Le sujet était risqué car il s’agissait de déjouer, pour le mener à bien, nombre de pièges.

C’est ce que réussit Jacques Doillon avec la complicité de deux comédiens magnifiques : Sara Forestier, sa gouaille, sa vivacité et James Thierrée, son charme et sa force tranquille.

Ensemble, ils foncent tête baissée dans l’aventure et c’est cette détermination partagée qui fait que "l’exercice" est réussi et qu’il se dégage de cette histoire, dans un cadre campagnard, beaucoup d’émotion.

Une fois mise en place les éléments du rituel, Jacques Doillon peut tout se permettre. Il peut envisager que la première scène d’amour entre les deux protagonistes se passera dans une flaque d’eau boueuse, la deuxième contre les arêtes des marches d’un escalier, tout en gardant le cap et sans que l’histoire ne souffre du moindre maniérisme ou de la moindre trace de provocation.

Il y a les séances de lutte à coups de poings mais il y a, et surtout, une lutte intérieure pour sauvegarder sa fierté, son amour-propre. Le refus de baisser pavillon face à ses sentiments.

Doillon réussit dans une originalité narrative totale, avec infiniment de délicatesse, beaucoup de talent, un très beau film d’amour hors des sentiers battus.

Francis Dubois

Autres articles de la rubrique Actualité cinématographique - avant-premières, festivals...

  • « Nuits magiques »
    Lorsqu’un producteur de films de renom est retrouvé mort au fond du Tibre, les premiers à être soupçonnés du meurtre sont les trois apprentis scénaristes qu’il avait rencontrés au cours d’un dîner et qui... Lire la suite (15 août)
  • « Perdrix »
    Pierre Perdrix est la capitaine de gendarmerie d’une petite ville de l’est de la France. Il coulait des jours calmes auprès de sa brigade jusqu’à ce qu’arrive dans sa vie l’impétueuse et insaisissable... Lire la suite (15 août)
  • « Paris est toujours Paris »
    Coproduction franco-italienne où les deux pays intervenaient à égalité, ce qui est rare, le film de Luciano Emmer réalisé en 1951 a bénéficié d’une belle restauration et sortira sur les écrans le 14 août.... Lire la suite (12 août)
  • « Ricordi ? »
    Elle et lui se sont rencontrés à une fête, se sont tout de suite aimés et promis un amour sans failles. C’est une belle et grande histoire d’amour qui se raconte après coup, à travers les souvenirs... Lire la suite (30 juillet)
  • « Halte »
    C’est par hasard, en assistant à une scène de rue qui réunissait un groupe de personnes écoutant attentivement et respectueusement un « Socrate » en la personne d’un vieil homme qui en présentait toutes... Lire la suite (29 juillet)