Actualité théâtrale

au Théâtre de la Commune d’Aubervilliers

"Métamorphose" Jusqu’au 23 février

Qui ne se souvient de l’histoire de Gregor Samsa, qui se réveille un matin transformé en insecte ? Sa famille ne comprend pas ce qui arrive et se demande comment vivre avec cet insecte, qui fut l’homme qui faisait vivre toute la famille et qui s’est transformé en parasite. Kafka n’explique pas la transformation de Gregor. Elle s’est faite dès le début et celle de la famille suit. La peur et le dégoût à la vue du nouveau Gregor laissent place à la panique à l’idée qu’il ne peut plus subvenir à leurs besoins. Le père mou et parasite devient brutal et fort, la sœur affectueuse et soumise se prend en main et précipite la condamnation de Gregor. Parmi la multitude d’interprétations auxquelles la métamorphose a donné lieu, celle des névroses familiales est la plus évoquée, le père de Kafka considérant son fils et les écrivains en général, comme des parasites.

Sylvain Maurice a adapté le texte pour le théâtre. Il s’éloigne du monologue et remplace la narration par des dialogues et la mise en place de situations, destinées à libérer l’imaginaire du spectateur. Tout est inquiétant et étrange mais, fidèle à l’esprit de Kafka, il accorde aussi une place à l’humour. Toutefois le comique laisse vite place à l’inquiétude. Dans la première partie de la pièce on ne voit pas Gregor. On l’imagine à travers des sons et les réactions de la famille. Les sons ne sont ni ceux d’un cancrelat ni ceux d’un homme, c’est une sorte de plainte. La musique de François Leymarie, qui a beaucoup travaillé avec Ariane Mnouchkine et Joël Pommerat contribue aussi à créer une atmosphère fantastique.

Crédit Franck Beloncle

Dans sa mise en scène, Sylvain Maurice a voulu que ce soit dans le regard des autres, de sa famille surtout, que l’on découvre Gregor. On est d’abord dans une semi-obscurité face à un cylindre noir abritant la chambre de Gregor, à la porte duquel la famille exprime son inquiétude. Puis le cylindre s’ouvre, révélant un salon qui apparaît comme observé par l’œil de Gregor placé au sol ou au plafond. Une armoire y occupe une place importante, tantôt carapace protectrice, tantôt semblant vouloir avaler ceux qui s’en approchent trop. On peut souligner la beauté de la scénographie d’Eric Soyer qui est aussi le scénographe de Joël Pommerat. De la vision des autres, on glisse vers ce qui se passe dans la tête de Gregor et ce sont de courtes séquences vidéo qui nous introduisent dans le monde que voit Gregor (Philippe Rodriguez Jorda).

L’adaptation se révèle très fidèle à l’esprit du texte de Kafka. C’est l’histoire d’un homme progressivement délaissé, coupé de toute vie sociale et affective, qui ne suscite plus que dégoût, colère et peur chez ceux qui vivaient en parasites de son travail et qui finit « crevé comme un rat » quand il ne leur sert plus à rien.

Micheline Rousselet

Mardi et jeudi à 19h30, mercredi et vendredi à 20h30, samedi à 18h, dimanche à 16h
Théâtre de la Commune
2 rue Edouard Poisson, 93304 Aubervilliers
Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 48 33 16 16

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