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Un film de Spiros Stathoulopoulos (Grèce)

"Meteora" Sortie en salles le 17 juillet 2013

Aux XIème et XIIème siècles, les moines orthodoxes ont érigé des monastères au sommet de monolithes de grès, dans la région des Météores.

Les nuages qui flottent sous les monastères effacent les monolithes et donnent aux impressionnantes constructions l’illusion d’un flottement entre ciel et terre, d’une sorte d’irréalité.

Ce paysage est resté inscrit dans la mémoire de Spiros Stathoulopoulos lorsque enfant, il a quitté la Grèce pour la Colombie. Ainsi, son approche à la fois critique et respectueuse de sa foi orthodoxe est-elle restée hésitante.

Après avoir réalisé un film en Colombie, il décide d’en faire un sur le pays de son père dans lequel il montrerait deux mondes très différents dans cette région des Météores : la vie rurale dans la vallée, bâtie autour de l’individu, et la vie en communauté religieuse dans les hauteurs embrumées de l’autre.

Le moine Théodoros et la nonne Urania, déchirés entre dévotion spirituelle et désir charnel naviguent entre ces deux mondes. Ils ne sont pas parvenus à se détacher de l’existence terrestre.

Car si le désir charnel est, pour les religieux, un obstacle sur le chemin de la foi, pour les paysans, il est l’élément essentiel du cycle de la vie.

Spiros Stathoulopoulos ne considère pas les désirs incompressibles qui habitent les protagonistes comme des péchés. Il situe ses deux personnages, dans leurs choix, à une croisée des chemins et leur lutte pour trouver leur place est à l’image des monastères suspendus, allégorie de l’âme humaine sans cesse ballottée entre le spirituel et le profane.

Comme "Tristan et Iseult", "Roméo et Juliette" ou "Abélard et Héloïse", "Meteora" est une histoire d’amour interdite.

Mais Spitos Stathoulopoulos procède de façon frontale pour confronter la vie rurale de la vallée au désir des deux amants. De la scène de l’égorgement de l’animal qu’on va cuire à la scène du repas qui va réunir à l’ombre d’un arbre Théodoros et Urania, il ne porte aucun regard critique, aucune observation d’ordre moral et ce repas où auront lieu peu d’échanges, sinon quelques regards et fous-rires, n’a rien de blasphématoire.

Cette scène prépare celle où les deux amants s’accouplent et qui paraît, à la façon dont elle a été préparée et filmée, ne contenir aucune offense à quiconque.

La façon dont le réalisateur s’y prend pour passer du spirituel au profane, sa façon de manier le contraste, de l’assumer, donne à cette histoire maudite et exemplaire un caractère tout au contraire, infiniment banal.

L’esthétisme passe à la trappe quand le plaisir d’être ensemble ou le désir charnel s’emparent des deux amants. Le frôlement chaste de deux mains amies ou l’emportement des corps dans l’élan du désir ont, du coup, même valeur.

Francis Dubois

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