Actualité théâtrale

Jusqu’au 30 juin à l’Essaïon

« Michael Kohlhaas »

De Heinrich von Kleist, ce jeune auteur mort suicidé à 34 ans en 1811, c’est peut-être ce portrait d’un homme dressé dans un seul but, obtenir justice et que la loi s’applique aux puissants comme aux plus humbles, dusse-t-il y sacrifier sa vie, qui reste le plus marqué dans notre mémoire.

Le marchand de chevaux Michael Kohlhaas, qui se rend à la foire de Dresde se trouve arrêté par un jeune Baron qui ne le laisse passer qu’à condition qu’il lui laisse en gage ses deux plus beaux chevaux. Á son retour Michael Kohlhaas découvre que le Baron s’est moqué de lui, a fait de ses magnifiques chevaux de parade des chevaux de labour et les a réduits à l’état de rosses étiques. Ulcéré et naïf, Michael Kohlhaas s’adresse à la justice mais que pèse un marchand face à un noble lié par sa famille aux juges ? Refusant de céder, il ira au bout de tous les recours et finira par se muer en champion de la Justice, entraînant derrière lui d’autres opprimés victimes d’injustice. Pillages et incendies font changer de camp la peur pendant un temps, mais Kohlhaas finit par regretter la violence qu’il a déchaînée car il espère toujours le triomphe de la justice. Au final les puissants resteront les puissants et l’honnête homme sera broyé par ceux qui ont les titres, la richesse et le pouvoir.

Théâtre : Michael Kohlhaas

Proche du travail sur le « théâtre-récit » qu’a initié Dario Fo, le comédien et conteur, Gilbert Ponté s’est emparé de ce texte. La petite salle voûtée de pierre de l’Essaïon devient l’écrin de son travail. Pas de décor, sa voix, ses changements de ton, ses mouvements entraînent les spectateurs dans le récit et font vivre tous les personnages. Il est le marchand sur son cheval, il évoque sa femme affolée dans la salle du Palais impérial, les gardes arrogants du Baron ou les mutins bannières au poing. On est dans la tête et le cœur de Michael Kohlhaas qui voit ce en quoi il croyait, la justice et la loi, s’effondrer sous ses pieds. Les spectateurs sont au plus près de lui, suspendus à ses mots. Ils éprouvent la fierté du marchand, son indignation face au sort que fait ce petit Baron à ses magnifiques chevaux, sa colère contre l’impossibilité d’obtenir justice quand on est seulement un marchand, son refus de plier. L’acteur est magnifique et ses mots, la flamme qui brille dans ses yeux, nous lient étroitement à ce récit qui entre en résonance avec notre actualité.

Micheline Rousselet

Le lundi et le mardi à 19h45

Théâtre de l’Essaïon

6 rue Pierre au Lard 75004 Paris

Réservations 01 42 78 46 42

Se réclamer du Snes et de cet article : demande de partenariat Réduc’snes en cours

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « Sois un homme »
    Qu’est-ce qu’être une femme ? La question a beaucoup interrogé écrivain.e.s et philosophes depuis déjà un certain temps. Mais s’agissant des hommes, elle apparaît plus originale tant des siècles de... Lire la suite (17 mars)
  • « Illusions perdues »
    Après ses brillantes adaptations d’Homère ( Iliade puis Odyssée ) et de Chanson douce de Leïla Slimani, Pauline Bayle s’est lancé dans l’adaptation du roman de Balzac. C’est au fonctionnement du... Lire la suite (17 mars)
  • « L’éveil du printemps »
    La pièce de Franck Wedekind fit scandale a son époque (1890) et fut interdite de longues années pour pornographie. Elle offrait un regard osé sur la jeunesse, défendait le désir adolescent et pointait... Lire la suite (16 mars)
  • « Médéa mountains »
    Alima Hamel, la jeune poétesse, musicienne et chanteuse d’origine algérienne évoque ici son histoire personnelle. Elle se souvient du bonheur des vacances familiales quand elle quittait Nantes avec... Lire la suite (12 mars)
  • « Le pays lointain (Un arrangement) »
    C’est l’ultime pièce de Jean-Luc Lagarce mort à 38 ans, en 1995, quelques jours après l’avoir terminée. On y retrouve le thème du retour de l’enfant prodigue parmi les siens. Louis revient, au pays... Lire la suite (11 mars)