Actualité théâtrale

Jusqu’au 8 avril au Théâtre de l’Aquarium

« Mille francs de récompense »

Kheireddine Lardjam s’est emparé de ce texte de Victor Hugo qui lui semblait résonner très justement avec l’époque actuelle. Écrite entre 1855 et 1870, alors qu’il était exilé à Guernesey, la pièce, qu’il refusa de voir jouer « tant que la liberté ne serait pas de retour », se présente comme une comédie pleine de rebondissements. Hugo s’y plaît à condamner l’âpreté des banquiers et à dénoncer une société où règnent les plus grandes inégalités, où l’on condamne les petits voleurs à la tire mais où on laisse s’épanouir dans la richesse des spéculateurs au cœur sec protégés par une justice dont la balance penche plutôt du côté des nantis et qui n’hésitent pas à réduire à la misère des familles ruinées,

Pour échapper aux gendarmes qui le poursuivent, un petit voleur, Glapieu, se réfugie sur les toits de Paris. De l’appartement où il s’est caché, il observe les péripéties de la vie d’une famille qui va être l’objet d’une saisie. Le grand-père est malade, il a laissé une dette dont la mère est incapable de s’acquitter, le créancier se dit prêt à effacer la dette et à faire silence sur d’autres erreurs commises par cette famille à condition que la fille l’épouse. Mais celle-ci a un amoureux, petit employé trop désargenté pour pouvoir l’épouser et n’entend pas être contrainte. Glapieu se voit bien en Robin des villes rétablissant la justice et faisant punir l’ignoble Rousseline.

Théâtre : Mille francs de récompense

On sent bien dans ce résumé le mélodrame, mais avec les morceaux de bravoure que l’on aime tant chez Victor Hugo. Kheireddine Lardjam a choisi de rajeunir la pièce par sa mise en scène. Quand la pièce démarre, Glapieu arrive du fond de la salle, essoufflé dans sa fuite, petit sac sur le dos et démarre avec un léger accent beur. Cyprienne la fille de la famille qui le découvre ressemble à une jeune punk un peu gothique, avec ses baskets noirs à lacets fuchsia et son collant résille noir. La mère ressemble à une rock star en gilet et pantalon collant blanc, grandes lunettes de soleil et petit sac à main en vernis fuchsia. L’huissier (Romaric Bourgeois, aussi auteur de la musique) chante le texte façon rap en s’accompagnant à la guitare. Derrière un écran translucide défilent des hommes, avec des masques de corbeaux, emportant des cartons emplis des objets saisis dans l’appartement des débiteurs. La distribution, qui fait la part belle à des acteurs maghrébins, ce qui est suffisamment rare sur les scènes françaises pour qu’on le remarque, est inégale. La tchatche de Maxime Atmani convient parfaitement au personnage de Glapieu petit voleur au grand cœur. Aïda Hamri n’hésite pas à faire un doigt d’honneur à celui qui la convoite contre son gré. Linda Chaïb est parfaite en mère submergée par une situation dont elle n’arrive pas à s’extraire. Le problème est que le metteur en scène les fait crier la plupart du temps et cela passe mal, en particulier pour Azedine Benamara (Rousseline), qui n’est plus que caricature. On peut d’ailleurs regretter le choix du metteur en scène de surdimensionner le traitement parodique de la pièce ce qui en affaiblit le propos et vire à la caricature. Mais il nous permet de voir une pièce d’Hugo peu jouée, où les morceaux de bravoure dénonçant les spéculateurs rapaces et sans scrupules font chaud au cœur.

Micheline Rousselet

Du mardi au samedi à 20h, le dimanche à 16h

Théâtre de l’Aquarium

La Cartoucherie

Route du Champ-de-Manoeuvre, 75012 Paris

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 43 74 72 74

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « Crise de nerfs »
    Peter Stein a choisi de mettre en scène trois courtes pièces de Tchekhov et de confier à Jacques Weber le rôle principal. Le metteur en scène a choisi de commencer par la pièce la plus sombre, qui... Lire la suite (26 septembre)
  • « Diane self portrait »
    Diane Arbus (1923-1971) est une figure majeure de la photographie de rue du XXème siècle. Fille de commerçants aisés juifs new-yorkais, elle a rencontré à quatorze ans celui qui devint son mari Allan... Lire la suite (25 septembre)
  • « Contrebrassens »
    Une femme qui chante Brassens cela surprend et enchante, quand elle a la malice et la grâce féminine que célébrait le grand Georges. Très inspirée par les textes et les mélodies du chanteur, car on... Lire la suite (25 septembre)
  • « Mademoiselle Julie »
    La pièce d’August Strindberg a été montée plusieurs fois la saison passée, pourtant on a l’impression de la redécouvrir chaque fois au gré des adaptations et des interprétations, tant elle est riche et... Lire la suite (19 septembre)
  • « L’Amérique n’existe pas »
    Un homme, bien seul au milieu de cartons plus ou moins bien empilés, se lance dans un monologue. Il raconte des histoires, il fait naître des personnages comme cet homme qui ne monte jamais dans un... Lire la suite (18 septembre)