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Un film de Mati Diop (Sénégal-France)

"Mille soleils" Sortie en salles le 2 avril 2014.

En 1972, le cinéaste sénégalais Djibril Diop Mambety tourne " Touki Bouki" . Le film raconte l’histoire de deux jeunes gens, Mory et Anta, qui s’aiment et partagent le même rêve : quitter Dakar pour aller vivre à Paris.

Mais au moment d’embarquer enfin sur le paquebot, Mory restera au bas de la passerelle, incapable de s’arracher à sa terre et Anta partira seule.

Quarante ans plus tard, Mati Diop la nièce de Djibril Diop Mambety réalise "Mille soleils" comme une enquête autour de l’héritage que représente "Touki Bouki" .

Que s’est-il passé depuis ? Le héros du film, comme son interprète, n’a jamais quitté Dakar et, vêtu comme un vieux cow-boy, conduit des troupeaux de bêtes à cornes jusqu’aux abattoirs.

Qu’est devenue Anta dont on n’a plus eu aucune nouvelle ?

Vit-elle en Alaska comme le laisse supposer une scène onirique du film.

"Mille soleils" est un regard pudique et sensuel sur le vieillissement d’un homme qui n’a pas su réaliser son rêve, sur la marche du monde et sur le pouvoir du cinéma à prolonger ce que la vie a laissé à jamais en attente.

Sur l’écran où est projeté en plein air le film de Djibil Diop Mambety, personne ne reconnaît dans le jeune homme qui reste au bas de la passerelle du paquebot, le vieil homme de soixante ans qui interprétait le personnage de Mory, et surtout pas les jeunes spectateurs qui s’expriment à son égard avec leur cruauté naturelle.

Le film de Mati Diop interroge, entre présent et passé, un héritage familial. Mais il est aussi et sans doute surtout, une réflexion sur le cinéma, sur son pouvoir de magie, quand quarante ans plus tard, il prend le relais de "Touki Bouki" et continue ce qui a été tronqué pour des raisons égarées dans le temps.

Bien plus qu’un hommage au film de son oncle, "Mille soleils" est une célébration des puissances fantastiques du cinéma.

Le film offre au spectateur tel le jeu d’un kaléidoscope, la jouissance d’une métamorphose incessante de la narration.

Il passe de la chronique naturaliste à la poésie hallucinée, du réalisme à l’onirisme, du sang rouge des bêtes dans les abattoirs, au blanc rêvé des paysages de l’Alaska, au bleu dominant de la projection d’un film dans un autre.

Documentaire ou fiction, personne ou personnage, pellicule ou vidéo ? Très vite, ces questions sont dépassées. Mais successivement rouge, jaune, bleu, blanc, "Mille soleils" impose sa magie multicolore.

De ce film, le cinéma sort souverain. Il trouve sa vitalité dans l’activation de son pouvoir de mémoire et dans sa vitalité à ses mystères originels.

Un film d’une mystérieuse beauté plastique au service d’un sujet original et universel.

Francis Dubois

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