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Un film de Nouri Bouzid (Tunisie)

"Millefeuille" Sortie en salles le 5 juin 2013

A travers le destin de deux jeunes femmes, Zaïneb et Aïcha, Nouri Bouzid résume l’histoire actuelle de son pays, la Tunisie.

L’une portant le hijab et l’autre pas, elles sont le symbole de la révolution et de l’avenir du pays. ZaÏneb et Aïcha ne sont pas des militantes. Elles sont seulement portées par le courant de l’histoire et de la révolution qui a eu lieu dans le pays.

Leur combat ne se joint pas au combat collectif. Il est individuel et le but de chacune est de gagner son indépendance, sa liberté et de faire face aux carcans religieux et culturels établis par une société archaïque qui, alors que le pays vit un bouleversement, hésite toujours entre modernité et traditionalisme.

Le retour du frère intégriste dans la famille après son séjour en prison va être le révélateur du combat à mener.

Dans le récit, les personnages masculins étaient prédestinés aux mauvais rôles. Pour y remédier, le réalisateur n’a accablé que les plus jeunes (frère, fiancé) car pour les pères et les grands-pères, le problème du hijab ne datant que d’une quinzaine d’années, il n’est pas le fait des anciennes générations.

Nouri Bouzid a fait de choix du hijab comme enjeu chez les protagonistes. C’est un choix essentiel qui est et sera au centre des débats et des conflits qui traversent le pays en prenant des formes de surenchères politiciennes.

Pour des raisons extérieures à leurs choix personnels, l’une est obligée de porter le hijab et l’autre sera amenée à l’enlever.

La révolution a été le point de départ d’une nouvelle forme de résistance dès le moment où les intégristes en ont fait une question politique alors que tout le monde y voyait un choix individuel.

Nouri Bouzid, en axant son film sur le port du hijab met le doigt sur les incohérences de vieilles convictions. Aïcha donne les raisons pour lesquelles elle porte de foulard : c’est pour échapper à un drame passé et pour respecter la promesse faite à sa mère. Le port du voile ne répond pas, en ce qui la concerne, à une question religieuse. C’est surtout une protection machiste : à l’instar du fiancé de Zaïneb, les hommes préfèrent voir les autres filles sans voile alors qu’ils souhaitent que leurs femmes le portent.

Le film de Nouri Bouzzid est plutôt habile pour faire un état des lieux de la Tunisie de l’après-révolution. Il n’a recours à aucun effet, aucun emportement narratif. Ses deux personnages, quoique prises sans le flou et l’instabilité du moment, ne perdent jamais le fil de leurs déterminations.

On pourra reprocher au récit d’être un peu didactique. Mais c’est là que se pose la question du public auquel un tel film s’adresse. Faut-il faire d’un film politique une œuvre ambitieuse de cinéma ou une œuvre dont le contenu, immédiatement lisible, permettra à un plus grand nombre de le voir et d’en apprécier tout le contenu ?

Il est évident que la deuxième option, celle qu’a choisie Nouri Bouzid, est ici la bonne.

Francis Dubois

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