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Un film de Gerardo Naranjo (Mexique)

"Miss Bala" Sortie en salles le 2 mai 2012

La pauvreté et le bas niveau d’éducation de la population sont les facteurs majeurs qui ont conduit le Mexique à la prédominance du trafic de drogue.

Aujourd’hui, des organisations criminelles contrôlent une grande partie du pays. La domination de ces cartels a atteint un niveau tel que ce sont eux qui assurent l’ordre et encaissent des "impôts" en échange d’une projection.

"Miss Bala" à travers une fiction qui, par moments, touche au documentaire, rend compte de cette guerre de territoires que se livrent ces bandes, et des dérives qui en découlent : des combats féroces entre l’armée et les cartels, les forces de police gangrenées par la corruption et une législation parallèle imposée par les trafiquants, inquiétant à ce point les populations qu’elle provoque une immigration massive dans certaines régions.

Un acte aussi anodin qu’une inscription à un concours de beauté va plonger Laura et son amie Uzu, deux jeunes filles qui ont l’insouciance de leur âge, dans une cascade d’événements qui les mettront en danger en même temps que leurs proches.

La ville de Tijuana, dans un Mexique dominé par le crime et la corruption, sert de décor à cette descente aux enfers de Laura qui, pour s’être rendue dans un commissariat pour signaler la disparition d’Uzu, se retrouve livrée aux mains d’une bande de trafiquants de haute volée dont le chef, usant de sa puissance et du chantage, va se servir d’elle pour faciliter des transferts de drogue et d’argent.

Elle découvre au fur et à mesure de ses missions, à quel point les ramifications des domaines gangrenés sont étendues et complexes.

Prise au piège des événements qui la dépassent mais face auxquels elle essaie de garder un regard lucide, Laura assurera ses missions jusqu’au bout comme guidée par une conscience professionnelle exemplaire. Peut-être pour s’attirer l’admiration des membres du cartel dont elle exécute les ordres, se protéger du pire et par là même, garder hors de danger son père et son jeune frère qui se trouvent exposés.

La résignation de Laura, sa soumission aux ordres sans opposer la moindre résistance, deviennent presque équivoques. Il est à se demander si, au fond d’elle-même, elle ne finit pas par éprouver une certaine jouissance à s’exécuter sans discuter, à mesurer les risques où la plongent les missions, ainsi que le danger que pourrait représenter un quelconque échec ou un raté.

Si le personnage de Lino Valdez, le chef de la bande, sorte de brute sans merci, et ceux plus épisodiques qui jalonnent le récit sont plutôt attendus, celui de Laura, très travaillé, est passionnant jusque dans ses zones d’ombre. Il n’est pas un seul moment dans le film où on ne s’interroge à son propos.

On s’interroge à propos du courage dont elle fait preuve, de sa détermination à aller jusqu’au bout de cet épisode de sa vie et ce n’est pas les réactions à son élection comme reine de beauté, lorsqu’elle aura finalement participé au concours, qui feront la lumière sur le personnage.

Dans ce thriller où elle est de tous les plans, elle reste un personnage à part, se partageant entre sa pureté sûrement réelle et une ambiguïté persistante.

Au bout de son aventure, Laura va-t-elle sortir indemne ou bien se sentira-t-elle prête pour plonger, elle aussi, dans le mécanisme de cruauté où baigne son pays ?

Francis Dubois

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