Actualité théâtrale

Jusqu’au 8 juin au Théâtre de La Tempête, partenaire Réduc’Snes

« Misterioso 119 » de Koffi Kwahulé Mise en scène Laurence Renn Penel

Quelles images surgissent en nous quand on nous parle de prison et de femmes meurtrières ? Un monde fermé, où retentissent des cris, des bruits de grilles, le claquement des pas et des serrures que l’on ouvre et ferme, un monde de violence, de haines, de jalousies, d’alliances qui se font et se défont, isolant l’une ou l’autre. C’est dans ce monde que nous emmène Misterioso 119 . Il y a là cinq détenues pour meurtre. Elles sont jeunes, blanches ou noires, parlent d’amour, de sexe et sont en permanence au bord de l’explosion. En face d’elles, ou plutôt avec elles, il y a « celle du dehors », l’animatrice culturelle, qui « mène une vie sans fenêtre » et qui se fera happer par ce monde de l’intérieur, où chacune parle du monde du dehors, mais appréhende de s’y voir jeter tant chacune y a eu de souffrance.

Laurence Renn Penel a mis en scène de façon magnifique le texte de l’Ivoirien Koffi Kwahulé. Quand la pièce commence, dans un décor sombre et glacé où des échelles métalliques mènent des coursives grillagées à des cellules basses, une voix de femme s’élève chantant a cappella l’Ave Maria de Schubert. La musique sera au cœur du dispositif tout au long de la pièce : son plaintif et entêtant du violoncelle qui agace les nerfs des détenues ou porte leurs rêves, rap accompagnant le spectacle des prisonnières en pom-pom girls. On est ensuite projeté dans les douches de la prison. Derrière le rideau transparent de la douche, des silhouettes effacent la trace d’un meurtre. Le sang sombre impose sa présence glaçante. Les voix se mêlent, parlent de la violence faite aux corps et de la soif d’amour. La parole se fait peu à peu plus distincte. La vie est dite en récits syncopés, emplis de folie, entrecoupés de musique, de chants et de danses. Tout est contraste et folie, rap et pom-pom girls, jazz et violoncelle classique, viol et tendresse, amour et meurtre.

Le spectateur se trouve propulsé dans un univers cru, violent où des femmes cabossées par des vies marquées par la souffrance et le mépris des autres, tentent de s’arranger du manque d’amour et de la violence qui les a envahies. Il n’y a pas de sentimentalisme ni de regrets. C’est violent, dérangeant et l’on est sidéré par le jeu des six comédiennes. Elles sont formidables et donnent au spectacle un rythme et une force peu communes.

Micheline Rousselet

Du mardi au samedi à 20h30, le dimanche à 16h30

Théâtre de la Tempête

Cartoucherie

Route du Champ-de-Manœuvre, 75012 Paris

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 43 28 36 36

www.la-tempete.fr

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