Des nouvelles des lycées en lutte contre la réforme Chatel

Mobilisation dans le Tarn : chronique d’un mécontentement partagé (Toulouse)

Restées dans l’ombre des discussions lors
du stage départemental de février, les actions
se sont imposées d’elles-mêmes dans
l’enchaînement des événements en matière
d’éducation dans notre département. Le
mois de mars fut mobilisateur. Deux raisons
majeures expliquent ce mécontentement :
la faiblesse des dotations (et donc rejet des
DGH en CA par un grand nombre d’établissements),
ainsi que les 32 suppressions de
postes programmées (17 en collège, 9 en
lycée et 6 en LP). D’autre part, le contexte
est propice à la montée du mécontentement
avec l’écho des précédentes mobilisations
dans d’autres académies (Créteil, Marseille),
et les journées nationales d’action des 12 et
23 mars, qui apparaissent comme des jalons
sur le chemin qui mène à la mobilisation.

Dès les 4 et 5 mars, le LP de Graulhet a ouvert
la voie avec une journée de grève pour
protester contre une DGH insuffisante
au regard des besoins réels : un déficit de
40 heures. Les enseignants veulent éviter
des regroupements de classes de séries différentes
pour les enseignements généraux
dans un souci de cohérence pédagogique. Un
groupe d’enseignants fut reçu par l’IA.
La grève du 12 mars, journée d’action nationale
lancée par 8 organisations syndicales
dont le SNES-FSU, a été suivie par 30 % des
collègues en collège et 50 % en lycée ; avec
des pointes à 67 % au collège de Lavaur et
plus de 70 % dans les lycées Bellevue (Albi)
et J. Jaurès (Carmaux). Les lycéens de Bellevue,
très actifs, ont visité les autres lycées
albigeois (Rascol et Lapérouse), sans grand
succès, avant de rejoindre le rassemblement
devant la préfecture qui a réuni environ 250
personnes. Une délégation syndicale fut
reçue par le chef de cabinet de Madame la
Préfète.

A Gaillac le jeudi 11 mars une AG a regroupé
plus de 150 personnes (parents et enseignants)
pour lancer l’opération « collège
mort ». Il s’agissait de s’opposer à la disparition
d’options (classe bilangue et classe européenne)
dans le second collège qui ouvrira
en septembre 2010 et devant accueillir la
moitié des 1 000 élèves du collège Camus.

Autre motif de mécontentement, les dispositifs
d’aides aux élèves en difficulté passent
à la trappe, tout comme le poste de laborantin.
L’heure était donc à la mobilisation :
le dimanche 14 mars manifestation et distribution
de tracts au centre de la ville, le
15 mars une délégation a été reçue par l’IA,
le 16 grève suivie à 88 % avec AG, le jeudi 18
blocage du collège par les parents, le dimanche
21 mars nouvelle manifestation en
centre-ville, le lendemain nouvelle opération
« collège mort » et manif devant la préfecture
en fin de journée et enfin le 23 journée
nationale de grève.

Les établissements de Carmaux, collège
V. Hugo et lycée J.-Jaurès, à leur tour, sont
entrés dans le mouvement. La disparition
du poste de principal adjoint pour l’un et la
suppression de cinq postes pour l’autre ont
mis le feu aux poudres. Le vendredi 19 mars,
après une semaine d’action, un défilé de plus
de 300 personnes a parcouru le centre-ville
suivi d’un pique-nique place J. Jaurès. Les
élus étaient présents : député, conseillère régionale,
conseiller général et maire. Le 23 les
lycéens organisaient un tractage et un blocage
de l’établissement.

La mobilisation a été également importante
au lycée Rascol d’Albi, car l’enseignement
technologique est touché de plein fouet par
la réforme du lycée avec à la clé 7 suppressions
de postes (dont un physique appliquée,
un GM construction et un bureautique). Le jeudi 22 mars le lycée était bloqué par les
collègues. Le lendemain 3 collègues sur 4
étaient grévistes.

Pour la journée du 23 mars le SNES et la FSU
81 ont organisé d’abord un tractage destiné
à la population albigeoise, puis un rassemblement
sous la forme d’un pique-nique devant
l’IA avant de rejoindre la manifestation
qui a rassemblé plus de 6 000 personnes.
Dans le second degré le taux de grévistes
fut de 43,5 %. En réunion départementale la
FSU 81 décida de boycotter le CTPD, et de
manifester au moment de la tenue du CDEN
le 30 mars.

Au final, l’Inspecteur d’Académie aura vu
défiler dans son bureau la moitié des établissements
du Tarn (cela avait commencé
avec une délégation du S2 reçue fin janvier),
servant à chaque fois la même litanie en
guise de réponse : « je vous entends mais je
ne peux rien faire »… L’exaspération est tangible
chez de nombreux collègues, la grogne
monte avec en ligne de mire le rejet massif
des DGH lors de la deuxième présentation,
pour montrer à la fois notre refus d’une réforme
inadaptée aux réalités du métier et un
rejet collectif d’une baisse programmée des
moyens. Deux orientations incompatibles,
à nos yeux, avec l’idée de faire exister une
éducation nationale digne de ce nom.

Stéphane Garrigues
S2 du Tarn

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