Actualité théâtrale

au Lucernaire

"Moi, Caravage" Jusqu’au 7 mars

« De mon existence, j’ai fait un précipice, une course à l’abîme », dit Michelangelo Merisi, dit Le Caravage, du nom de la petite ville de Lombardie où il naquit. De sa vie, on connaît surtout ses condamnations pour « mauvaises fréquentations » et rixes, dont une mortelle, ses fuites à travers l’Italie et sa mort restée mystérieuse sur une plage de Toscane à la veille de la signature par le pape de l’arrêt de grâce qui lui aurait permis de revenir à Rome. On sait qu’il a largement bénéficié de la protection de Seigneurs et de Prélats qui l’ont défendu, y compris face aux attaques de l’Inquisition, et lui ont offert des commandes prestigieuses comme celle des trois grands tableaux de l’église Saint-Louis-des-Français.

Ces hauts personnages ont parfois eu du mal à faire accepter que ses modèles aient été des prostituées et des petites gouapes qui étaient ses amants. Il leur a parfois été difficile d’admettre son refus du decorum classique et sa préférence pour la vérité des corps et des objets les plus humbles plutôt que pour les corps idéalisés exaltés par la Renaissance. Mais ils ont su accepter qu’il introduise le réalisme dans des tableaux religieux et ils ont su reconnaître le génie du peintre dans l’originalité de ses compositions et dans ses éclairages, avec cette lumière qui jaillit de la nuit, toutes ces qualités qui font du Caravage le peintre de l’émotion.

Dominique Fernandez a ressuscité le destin tumultueux et tragique du Caravage, jusqu’à imaginer pour lui une fin très pasolinienne, dans un beau roman La course à l’abîme, que l’acteur franco-italien Cesare Capitani a adapté pour la scène et qu’il joue. Il a la beauté, le côté rebelle et sauvage, dévoré de passions du peintre. Il est Caravage. Il livre avec chaleur et sensualité, douleur aussi, le récit de sa vie, accompagné par Laetitia Favart qui de sa belle voix murmure du Monteverdi et le suit jusqu’à la tragédie finale. Il faut aussi saluer le travail sur les lumières de Bernard Martinelli qui, par un jeu de bougies et de boîtes noires donnant aux deux comédiens un relief saisissant, a su rendre hommage à l’inventeur du clair-obscur. On est dans les éclairages des tableaux du Caravage et cela donne au spectacle une beauté à couper le souffle.

Micheline Rousselet

Du mardi au samedi à 20h, le dimanche à 17h
Le Lucernaire
53 rue Notre-Dame-des-Champs, 75006 Paris
Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 45 44 57 34
www.lucernaire.fr

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