Actualité théâtrale

Au Théâtre du Rond-Point, jusqu’au 24 mars2012

"Moi je crois pas !" de Jean-Claude GRUMBERG – mise en scène Charles TORDJMAN

Jean-Claude GRUMBERG, né en 1939, est l’un des plus grands auteurs vivants de langue française, avec une trentaine de pièces de théâtre dont plusieurs ont déjà été représentées au Rond-Point où il est venu lui-même pour lire ou mettre en scène plusieurs de ses textes, dont nous avons déjà parlé dans cette rubrique et dans l’US-Magazine. Marqué par le décès de son père en déportation, il met souvent en scène notre histoire et sa violence. Il compose notamment une trilogie sur le thème de l’obscurantisme, l’occupation et le génocide avec Dreyfus (1974), L’Atelier (1979) et Zone libre (1990). Il est aussi scénariste d’une dizaine de réalisations pour le cinéma et la télévision, en particulier avec François Truffaut ("Le dernier métro") et Costa Gavras. Son œuvre, particulièrement reconnue, a été couronnée par de nombreux prix, en particulier le Grand Prix de l’Académie Française, et le César du meilleur scénario pour Amen de Costa-Gavras.
Charles TORDJMAN, avec qui il a coopéré à plusieurs reprises, et dont nous avons salué la qualité du travail, en particulier avec le Théâtre Populaire de Lorraine, signe ici une mise en scène extrêmement dépouillée, dans un décor réduit au minimum, une banquette sur laquelle les 2 comédiens ne feront que quelques changements de position, leurs déplacements étant très limités, et l’évocation d’un poste de télévision suggéré uniquement par moments par la lumière et une intrusion sonore envahissante servant de transitions.
Le jeu des comédiens est assez fascinant, Pierre ARDITI campant un personnage toujours au bord de la polémique et de l’explosion verbale, Catherine HIEGEL répondant parfois aux injonctions répétées en affichant un personnage souvent d’une grande retenue, désabusé et au bord de l’épuisement. La représentation d’un couple usé, qui n’échange pas vraiment autre chose que deux monologues, les déclarations semi-interrogatives du personnage masculin plus péremptoires que sollicitant une réponse ("Moi je crois pas que… !" en étant le leitmotiv). Les réactions de sa partenaires ne viennent généralement qu’après des réaffirmations insistantes, avec des images parfois savoureuses, et des moments d’extrêmes tensions lorsque la parole se durcit à l’occasion de quiproquos.
C’est souvent drôle et cela mérite d’être vu, ne serait-ce que pour le jeu des comédiens s’animant au ralenti, mais on pourra regretter que le texte ne soit pour une large part qu’un recueil de banalités – se voulant sans doute représentatif d’une forme de médiocrité, d’usure, de nivellement de la pensée par le prêt-à-porter idéologique télévisuel suggéré à la marge-, et que l’ensemble s’apparente finalement à une sorte d’exercice de style.
Philippe Laville

Théâtre du Rond-Point
2 bis, avenue Franklin D. Roosevelt
Paris 8e – www.theatreduronpoint.fr
Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur
réservation impérative) : 01 44 95 98 21

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • Alain Paris chante les fables de La Fontaine
    Est-ce l’horaire ? Est-ce le lieu très excentré près des remparts de l’Oulle ? Il y avait peu de monde pour ce joli spectacle et c’est bien dommage. Alain Paris chante les fables de La Fontaine,... Lire la suite (17 juillet)
  • Beaucoup de bruit pour rien
    La modernité de cette pièce écrite en 1600 est saisissante. Elle est accentuée par la mise en scène intelligente de Salomé Villiers et Pierre Hélie. L’action est placée dans un cadre qui évoque tout... Lire la suite (8 juillet)
  • « Dévotion, dernière offrande aux dieux morts »
    Clément Bondu, écrivain, poète, musicien et metteur en scène en résidence aux Plateaux Sauvages signe le texte et la mise en scène de ce spectacle dont il nourrissait le projet depuis plusieurs années... Lire la suite (3 juillet)
  • « Comment ça va ? »
    Cette question appelle toujours ou presque la même réponse « Bien » ! Pourtant quand on est une comédienne qui vient d’avoir cinquante ans, qu’on a un mari informaticien au chômage et un fils adolescent... Lire la suite (26 juin)
  • « 107 ans »
    Simon a tout de suite aimé Lucie quand il l’a rencontrée dans la cour de récréation et qu’elle lui a parlé de Jane Austen. Simon, assis à une table devant une feuille de papier, se souvient de Lucie qui,... Lire la suite (26 juin)