Actualité théâtrale

Jusqu’au 27 août au Théâtre du Lucernaire

« Molière sur le divan »

Et si l’on revisitait Molière en compagnie de Freud ? Examiner Argan, Lucinde, Célimène ou Alceste avec les lunettes de Freud, c’est dévoiler la racine sexuelle de leurs travers et prendre plaisir à regarder en eux les malades que nous pouvons être. Sous le masque de la comédie, le thème de la mélancolie parcourt le théâtre de Molière. A l’écoute des extraits du Malade imaginaire, du Misanthrope ou du Médecin malgré lui, c’est la comédie des névroses qui défile sous nos yeux.
Michèle Brûlé, dont nous avions déjà aimé La ballade de Simone, nous propose ici une enquête oedipienne où les personnages de Molière se télescopent avec le bon sens de Toinette qui, en maîtresse du jeu, troque son costume de soubrette pour celui du psychologue. La mise en scène de Michèle Brûlé conserve l’esprit de la farce et de la comédie. La scénographie de Claire Chérel fait la part belle au rêve. Des panneaux blancs masquent les zones de tabou et les personnages, quand ils ne sont pas au centre de la scène, apparaissent en ombres chinoises ou par flashs pour nous révéler leurs fantasmes. Le décor renvoie à l’expressionnisme tout comme la stylisation du jeu, les costumes influencés par les codes vestimentaires actuels, soulignent la capacité des personnages de Molière à traverser les époques. Parfois les personnages revêtent des masques « à bec », allusion aux médecins de la peste du XVIIème siècle, mais aussi transformation en oiseaux que Freud liait aux cauchemars.
Les acteurs nous entraînent joyeusement dans leurs délires. Il y a le vieillard hypocondriaque (Bruno La Brasca), la belle-mère narcissique (Edith Monteil), la fille hystérique (Diana Laszlo, très drôle dans ses changements de registres), la tante frustrée (excellente Anaïs Tobelem, complètement déjantée) et le fils délirant et dépressif (Paul Spera). Claire Chérel excelle en Toinette, la servante et l’analyste des travers de ses maîtres.
Entrez avec délice dans cette comédie des névroses humaines !
Micheline Rousselet

Du mardi au samedi à 18h30
Le Lucernaire
53 rue Notre-Dame-des-Champs, 75006 Paris
Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 45 48 91 10

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « Mademoiselle Molière »
    C’est dans l’intimité d’un couple célèbre, Molière et Madeleine Béjart que nous invite le dramaturge Gérard Savoisien. On est en 1661, le succès de Molière a été reconnu par le Roi et il est invité à jouer... Lire la suite (11 septembre)
  • « Et si on ne se mentait plus »
    C’est chez Lucien Guitry, au 26 place Vendôme, que se rencontraient, au tournant du XXème siècle pour déjeuner tous les jeudis, ceux qu’Alphonse Allais avait baptisés « les mousquetaires » et qui... Lire la suite (10 septembre)
  • « Pour le meilleur et pour le dire »
    Imaginons une femme hypersensible qui sort d’une histoire d’amour ratée avec un pervers narcissique et qui rencontre un homme vulnérable, amoureux fou d’elle mais qui n’arrive pas à lui confier ses... Lire la suite (6 septembre)
  • « Asphalt jungle »
    Deux hommes désœuvrés sortent de scène à tour de rôle pour frapper quelqu’un. On ne voit pas la victime, on entend juste les coups et les gémissements. Ils demandent ensuite au troisième, un de leurs... Lire la suite (4 septembre)
  • « Tendresse à quai »
    Une jeune femme en tenue de cadre est assise à une table sur un quai de gare. Elle lit un recueil de poèmes de Mallarmé. Un homme arrive et s’assied à une table voisine, l’observe, se dit qu’il a le... Lire la suite (3 septembre)